AGAPES FRANCOPHONES 2016

Agapes Francophones 2016 80 comique dérisoire est souligné encore, plus près de nous, par M. Joiret et M. A. Bernard dans la Littérature belge de langue française, Bruxelles, Didier Hatier, 1999, p. 164. 13 La première édition de la pièce a paru dans la Revue de l’Œuvre, N ° 2, courant avril 1928. 14 Toutes mes citations font référence à l’édition de 1990, Bruxelles, Palais des Académies, avec Préface de Georges Sion. (Dorénavant j’abrégerai le titre de la pièce par le sigle MM) 15 Dans son Mémoire Jadin, qui a bien dépouillé la presse de l’époque, rappelle que la pièce a eu une très longue gestation et que le dramaturge « y pensais depuis longtemps » (1963, 122). Très forte a dû être son amertume lorsque « après une dizaine de représentations de Madame Marie, le préfet de police interdit le spectacle parcequ’il provoquait desmanifestations en sens divers de la part des spectateurs » (Golstein, 1951, 7–8). 16 « Un cinquième évangile ? Oui, J’ai écrit mon évangile, un double évangile, celui de Yéchoua et celui de Pilate. Mais n’avons-nous pas tous fait […] un travail identique ? […] Tous, avec des musiques, des tableaux, des récits, des films, nous nous sommes construits un cin- quième évangile » (E-Emmanuel Schmitt, Journal d’un roman volé dans L’Evangile selon Pilate (2000) , Paris, Le livre de poche 2008, pp. 281–282). « Depuis l’adolescence, je suis ré- gulièrement visité par une image : je me vois, vêtu d’une longue robe noire, dans la blancheur éblouissante d’une cellule à l’intérieur d’un couvent […] parfois je suspecte cette image de n’exprimer qu’une fatigue de vivre et de lutter. À d’autres moments, je la soupçonne d’être la clé de ma vie, le bonheur qu’ m’attend… » ( Ibid., 280). Il s’avèrerait très intéressant de faire une étude parallèle entre le roman français et la pièce belge. C’est mon propos pour un travail que je suis en train d’envisager. 17 « Toutes les œuvres de monmari ont fait scandale » a déclaré, non sans orgueil, Georgette Ciselet, lors d’un entretien diffusé par la RTBF le 19 juillet 1982 (j’ai pu en écouter l’enre- gistrement sur bande sonore). Madame Marie, Mystère en trois actes est représenté, pour la première fois, le 4 avril 1928, au parisien Théâtre de l’Ouvre, dans la mise en scène de Lugné-Poe 13 . Cette même pièce signa l’éloignement de Soumagne de la scène théâtrale et boucla, d’une certaine manière, sa carrière en solo car les travaux qui le virent engagé par la suite ne furent que des collaborations avec des collègues. Depuis il se consacra à sa profession d’avocat. Soumagne souligne, dans sa Préface, que l’œuvre, « toute pleine de respect mystique », raconte une « histoire autre » – toute à fait légitime –, duChristianisme « en essa[yant] de mettre à la scène “ce qui a pu” se passer là-bas », il y a plus de deux mille ans 14 . Après s’être « consciencieusement documenté » 15 , il dit n’avoir « trouvé la vérité nulle part » ; il en déduit « qu’elle était partout » (MM 149). Comme Éric-Emmanuel Schmitt l’a fait plus récemment, Soumagne échafaude son « cinquième évangile », en soupçonnant, à l’instar de l’auteur de L’Évangile se- lon Pilate que « la fatigue de vivre et de lutter » peut être « la clé du bonheur 16 ». S’il est vrai qu’il « se joue » un peu trop des Écritures, on ne peut pas dire non plus qu’il les joue de manière impie car, comme je souhaite le montrer, il pèche pour en avoir donné une interprétation profondément humaine, débordante d’humanité jusqu’à frôler l’invraisemblable. Mais comme l’affirme l’évangéliste Mathieu qui, au niveau méta-théâtral, assume le rôle de metteur en scène, « du ridicule on peut faire du sublime » (MM 217) Si le sublime fut quand même remarqué, le ridicule provoqua l’étonnement et la désapprobation de la plupart. Comme toutes les pièces de Soumagne, Madame Marie aussi fit scandale 17 . Pour Franc Nohain de l’Écho de Paris il s’agissait « d’un spectacle délibérément inconvenant et choquant » (6 avril 1928). Robert Kemp sur La Liberté du 7 avril, en dénonçant la laideur de la pièce, affirme que « Madame

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