AGAPES FRANCOPHONES 2017

Ioana MARCU et Dana UNGUREANU Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 10 (Mauriac, Houellebecq, Balzac, etc.) sont loin eux-aussi de se mettre d’accord sur un sens convergent et font ressortir la valeur « inestimable » de non-dit. Pierre Van Den Heuvel explique ainsi les « possibilités d’expression […] immenses » (1984, 81) du silence : Il contient ce qu’on ne sait, ne veut ou n’ose dire. Il dit aussi ce que la parole détruirait. En cachant, il montre. Toujours total, il dit ce que la parole fragmentaire tait, ce qu’elle entoure, car le langage s’organise à partir du vide autour d’un silence qui est le commencement et la fin de tout discours. […] Il est l’envers de la parole, son antipode. […] Il est le fondement de toute expression, en même temps lieu lumineux de refuge et de victoire et lieu obscur de danger et de défaite. Il fait sentir le poids de la parole qu’il sauve. (Van Den Heuvel 1984, 81) Concept qui invite à être pensé en termes d’économie et d’ascèse, le silence a fait l’objet d’étude de différentes disciplines linguistiques et littéraires, mais aussi de la musique, des arts visuels, de la psychiatrie, du droit juridique ou de la télégraphie. Cette transdisciplinarité du terme, malgré les interprétations forcément différentes que lui offre chaque domaine, révèle pourtant un aspect constant essentiel du silence : le rapport problématique qu’il établit entre les instances de la communication. De sa labilité entre un refus et une impuissance du dire, naît la difficulté d’établir clairement les limites du silence avec d’autres concepts proches. Mais au-delà des catégories et qu’il s’agisse d’une absence fortuite , de ne pas pouvoir , de ne pas devoir ou de ne pas vouloir dire, le silence reste paradoxalement une façon de dire où l’on peut lire le rapport du locuteur au langage, au monde et à son interlocuteur. Le silence est par conséquent une tension dirigée vers l’autre qui sollicite toutes ses capacités interprétatives dans l’effort de trouver le sens du message. Et, dans l’énorme entreprise que représente la quête de ce sens crypté, le destinataire est toujours amené à se demander pourquoi l’autre a créé au juste ce message. Le discours placé sous le signe du silence pose donc un double défi : il suppose, d’une part, la tentative d’élucider le sens du message et, d’autre part, il implique une réflexion sur la dimension pragmatique de l’emploi du silence et la relation problématique qu’elle détermine entre les instances discursives. Le silence est donc un « concept problématique par excellence, ne possédant pas de support concret sur le plan linguistique » ( Van Den Heuvel 1984, 78), et transposé à l’écrit par « le vide textuel, le blanc , le manque » (79). Notion polysémique, le silence signifie autant ou plus que la parole actualisée. Dans ces conditions, la XIII e édition du Colloque International d’Etudes Francophones CIEFT 2017 a proposé aux participants d’envisager le silence dans une approche plurielle : En littérature - le silence du texte, le silence dans le texte ; - la parole confisquée en tant que silence imposé ; - l’hésitation entre les genres littéraires en tant que silence masqué ;

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