AGAPES FRANCOPHONES 2017

Comment dire le silence ? : Le silence paradoxal dans l’œuvre de Novarina _____________________________________________________________ 115 j’voyais mon corps inverse à moi. LE FANTOUCHE AUTRE. – Mesdames messieurs, je viens de naître : sauvez-moi par la fenêtre, sortez-moi de l’être ! (Novarina 2011, 56-57) Les paroles de chaque personnage se ferment sur elles-mêmes sans vraiment coaguler : elles se juxtaposent, émiettées. Cette monologisation du dialogue contribue à l’invention du pointillisme auditif qui s’appliquerait à tous les niveaux de l’esthétique novarinienne. Pourtant – et surtout –, l’exclusion de la communication accélère la décomposition de la langue, jusqu’à effacer entièrement le sujet grammatical. En effet, on trouve partout dans l’œuvre de Novarina cette démolition du sujet. Parfois, elle peut s’exprimer par ce que l’auteur appelle le « drame pronominal » où les trois sujets, je-tu-il , s’entrecroisent d’une manière démesurée jusqu’à atteindre la géométrie impossible des sujets parlants : Un temps pour rien. JE. – Régnons sur nous-mêmes, frottons-nous les yeux à la face du sol, vénérons la vie en boucle. TU. – Allez tourner dans le monde où Adam vient d’entrer par erreur ! IL. – Allez tourner dans le monde où Adam veut sortir par erreur ! JE. – Que l’univers nous poursuive avec sa logique ! Anamnèse. IL. – Se formera un tas mental de cadavres invisibles qui nous restera sur les bras. JE. – La vie, il faut maintenant cesser de l’éprouver mais seulement la mimer. C’est notre sort à nous. Ils chantent qu’ils n’entendent plus. IL. – Hé, ma matière, as-tu agi ? hé, ma matière, es-tu d’argile ? TU. – Hélas… JE. – Hélas… La prière humaine. TU. – Il y a un r de trop dans le mot mort , mais il y manquera toujours encore-et-encore-et-surtout dedans une corde pour se pendre. IL. – Qu’est-ce tu fais à terre mon pauv’larron ? JE. – J’résume ma vie en trois cailloux. Vous, moi, lui. Tu, je, il. Pause. JE. – En temps que fils du langage, je m’exprime au vindicatif. Cent cinquante et une pierres. Pierres cent cinquante et une. (VS, 115-147) Entraînées dans la tempête pronominale, les trois personnes ne se distinguent plus l’une de l’autre : je suis toi, et tu deviens lui, et il est moi. Les pronoms

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