AGAPES FRANCOPHONES 2017

Silence ou signifiance dans la double tension entre le scriptural et l’espace communautaire : Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun . Nawel KRIM Université Alger 2, Algérie Résumé. Le fils du pauvre , premier roman de Mouloud Feraoun (Seuil, 1954) est un récit en grande partie autobiographique. L’auteur retrace son enfance et sa jeunesse au sein de son village kabyle. Celui qui était destiné à devenir berger, a eu l’opportunité de fréquenter l’école et de devenir instituteur. L’expérience scripturale de Mouloud Feraoun répond à ses inquiétudes par l’adoption d’une écriture fondée sur le silence, comme cadre et forme d’expression constituant une valeur langagière ancrée dans la communauté kabyle. L’exposition que suppose la parole autobiographique va s’estomper, par l’effet du silence, valeur partagée, au profit d’une parole communautaire protégée et préservée et donc acceptée. Il s’agit pour les Kabyles d’autoriser « un dire sans dire ». Vis-à-vis du lectorat français, privilégié à l’époque, il s’agit de l’inviter à s’engouffrer dans les blancs comme un espace de « non dire pour dire ». Abstract. Le fils du pauvre , Mouloud Feraoun’s first novel (Seuil, 1954) is a largely autobiographical narrative. The author recounts his childhood and youth in his Kabyle village. The one who was destined to become a shepherd had the opportunity to attend school and become a teacher. The scriptural experience of Mouloud Feraoun responds to his concerns by adopting a script based on silence as framework and form of expression constituting a language value anchored in the Kabyle community. The exposition that the autobiographical word supposes will fade, through the effect of silence, a shared value, in favour of a community word that is protected and preserved and thus accepted. For the Kabyles, it is a question of authorizing "a saying without saying". Concerning the French readership, privileged at the time, it is a question of inviting them to plunge into the blanks as a space of "not saying to say". Mots-clés : Feraoun, silence, doxa, autobiographie, légitimité Keywords: Feraoun, silence, doxa, autobiography, legitimacy Mouloud Feraoun, l’un des pionniers de la littérature algérienne d’expression française, écrit son premier roman, Le fils du pauvre (Seuil, 1954) 1 , en optant pour une écriture autobiographique. D’emblée, il est confronté à un double écueil : vis-à-vis de la communauté française coloniale, il s’interroge sur la légitimité d’émerger dans le champ de la littérature française, lui « l’instituteur modeste », instruit à l’école française, admirateur de la grande littérature française ; vis-à-vis de la communauté kabyle, celle des « aveugles », fellahs illettrés, éloignés de l’écrit et a fortiori de la littérature romanesque, il s’interroge sur la légitimité de parler de soi et impliquant par là, les siens, pour qui la parole intime est bannie dans leurs codes sociaux, n’autorisant que la parole collective, celle de la doxa. L’expérience scripturale de Mouloud Feraoun répond à ses inquiétudes par l’adoption d’une écriture fondée sur le silence, comme cadre et forme 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (FP), suivi du numéro de la page.

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