AGAPES FRANCOPHONES 2017

Ramona MALITA Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 146 suite, il est issu de ses désirs de remplacer la réalité quotidienne, malheureusement coupée par la disparition de la femme. Le texte ne fournit point au lecteur les détails de cet éloignement brusque et inexplicable, mais le narrateur dévoile son cœur brisé ; par conséquent, il essaie de remplir le vide par des remémorations successives des moments du bonheur passé. Ces deux derniers types de temps, du rêve et du souvenir, illustrent une évasion temporelle semblable à l’évasion romantique, sortant d’une réalité devenue insupportable dans le désir (et le plaisir ?) de faire revivre les « bons vieux temps », qui auraient pu engendrer un autre parcours de la vie ; ce seraient des réponses possibles au questionnement qui travaille le cœur depuis : « Si l’histoire avec Dannie s’était accomplie… » En d’autres termes, ce serait la réécriture de sa vie dans une autre gamme, selon la terminologie musicale. Ces repérages temporels coïncident avec des formes verbales employées : le présent pour T 0 , l’imparfait et le passé simple pour T 1 et le plus-que-parfait pour T 2 . Les intervalles de l’énonciation sont établis par rapport au repère temporel unique assumé : T 0 . Le point de vue est unique lui aussi, assumé par le locuteur-origine de l’énoncé, tandis que la focalisation est interne. À cette trichotomie temporelle correspond une trichotomie spatiale qui a pour cadre général la ville de Paris, suppléé par d’autres espaces complémentaires, mais disjoints (la maison de champagne où Jean oublie son manuscrit), qui ont le rôle d’élargir le chronotope-base. Nous avons désigné la seconde partie du chronotope toujours à l’aide d’un terme latin : loci silentii qui construisent, principalement, le topos de la ville de Paris : certains arrondissements et rues, traduisant en fait le processus de récupérer « à la romantique » les souvenirs. Ces loci silentii découpent une géographie urbaine formée de maintes rues, ruelles et impasses (quartier Montmartre, rue d’Odessa, 11 rue de Montparnasse, rue des Favorites, rue Vandamme, avenue du Maine, rue Félix Faure, rue de l’Aude, rue Henri IV- lieu du crime, etc. richement décrits dans le roman) ; des hôtels, cafés et quartiers (l’Unic Hôtel, café du Clair de lune, Cité Universitaire, pavillon des États-Unis, etc.), donc un Paris de labyrinthe où se passent des choses ainsi dites « bonnes », valorisantes pour le devenir psychologique du personnage (l’histoire d’amour avec Dannie) tout comme de « mauvaises » (le crime). le Paris onirique : dans cet univers « réel » il y en a un autre, appartenant au rêve. Jean détaille, avec obstination parfois, ses rêves où il se voit avec sa bien-aimée flâner les rues parisiennes. C’est encore plus silencieux ce Paris (des yeux fermés ou mi- ouverts) que celui visible (des yeux large ouverts). On voit bien que ces lieux, dominés (presque) toujours par le silence de la nuit ( silentium noctis ), se trouvent, du point de vue esthétique, en rapport direct avec umbrae silentes , l’ombre des morts, car la narration se trouve sous le signe d’un crime horrible, tout comme le souvenir se trouve sous le signe de la

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