AGAPES FRANCOPHONES 2017

Patrick Modiano, L’herbe des nuits . L’histoire d’un silence et d’un oubli _____________________________________________________________ 147 disparition (mort ?) de Dannie 6 que le narrateur veut faire « revivre »/retrouver à l’aide de ses lignes. « Je n’ai appris que vingt ans après, […] dans quelle "sale histoire elle s’était embarquée", selon l’expression d’Aghamouri. Il m’avait même précisé : "Quelque chose de grave." Oui, en effet, c’était grave. Il y avait eu quand même mort d’homme. » (HN 115) Si on représente schématiquement l’espace parisien tel qu’il est illustré dans L’Herbe des nuits , on obtiendrait une pyramide de ce type : nous avons figuré à sa base les lieux dont la référence à la réalité toponymique est plus évidente. Les arrondissements de Paris (Montmartre en spécial) fonctionnent dans le texte comme un anaphorique et tirent leurs références de l’expérience du lecteur parisien ou de celui qui connaît Paris. La transposition spatiale du temps se fait presque toujours, on doit l’admettre, par la description par le biais de laquelle on fait coïncider chronotope exogène et endogène, à savoir de l’action générale de la narration et celui du personnage. C’est un chronotope construit en manière pseudo-romantique, car le texte comporte maints éléments de l’esthétique romantique dont le fonctionnement, ici, est à rebours : 6 Le narrateur présuppose que Dannie R. est encore vivante/morte/disparue : « Peut-être le porte-t-elle de nouveau aujourd’hui - après tant d’autres noms - et je ne veux pas attirer l’attention sur elle au cas où serait encore vivante quelque part. Et pourtant, si elle lisait ce nom imprimé, peut-être se souviendrait-elle de l’avoir porté à une certaine époque et aurais-je de ses nouvelles. Mais non, je ne fais pas beaucoup d’illusions là-dessus. » (HN 16) Dans la lettre glissée sous la porte, avant de quitter Paris pour ne jamais y revenir, Dannie même affirme qu’elle veut disparaître pour une longue période de temps, car elle ne voulait plus attirer des ennuis sur Jean, non-impliqué dans l’affaire du crime : « Jean, Je pars et cette fois il est probable que nous ne nous reverrons pas d’ici bien longtemps. Je ne te dis pas où je vais, parce que je ne le sais moi-même. Tu ne me trouveras pas là où je vais. Je serai très loin – et, en tout cas, pas à Paris. Si je pars, c’est que je ne voulais pas t’attirer des ennuis… P.S. Je t’ai fait un petit mensonge qui me pèse. Je n’ai pas 21 ans comme je te l’avais dit. J’en ai 24. Tu vois, je serai bientôt vieille. » (HN 168)

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