AGAPES FRANCOPHONES 2017

Floarea MATEOC Université d’Oradea, Roumanie _____________________________________________________________ 170 marginalité définit le caractère ou l’état marginal (d’un individu, d’un groupe social) ». (TLFi)Dans Le Petit Robert on trouve la même définition et, en plus, les raisons de ce statut : marginal est une : « personne vivant en marge de la société parce qu’elle en refuse les normes ou n’y est pas adaptée. » Quant au mot silence , Trésor de la langue française en donne plusieurs sens dont nous rappelons ceux que nous avons identifiés dans l’œuvre de Le Clézio, notamment : « absence de bruit, d’agitation », (silence envisagé par rapport au bruit), et surtout, le silence envisagé dans l’acte de communication, respectivement « fait de ne pas parler, de se taire », « fait de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir exprimer sa pensée, ses sentiments » (TLFi). Il nous intéresse aussi le silence en tant que moyen d’expression défini comme « fait de laisser entendre sa pensée, ses sentiments, sans les exprimer formellement ». C’est « le silence éloquent » cher à l’écrivain, c’est son principe d’écriture. Si l’on reprend la définition de la marginalité du Petit Robert et que l’on fasse une simple analyse sémantique, on arrive à la conclusion qu’il existe deux types de marginalité : une marginalité volontaire, attitude choisie par une personne et une marginalité subie qui ressemble plutôt au rejet, à l’exclusion. Dans son étude Géographie sociale et marginalité, André Vant parle du « binôme marginalité volontaire-marginalité involontaire » (1986, 15) 1 et souligne que, dans les deux situations, la personne concernée se trouve toujours en marge parce qu’elle s’éloigne du groupe social par l’écart et la différence qui se créent entre eux. Si l’on revient aux critères qui nous aident à dévoiler et à cerner ces marginaux, nous pensons avec le sociologue Yves Barel que la marginalité n’est pas un état en soi et qu’il faut la particulariser : Il est rare qu’on soit, qu’on se dise ou qu’on soit dit marginal tout court : on est marginal et on est vieux ou jeune, femme, loubard, néo-rural, pauvre, handicapé, « gens du voyage », etc. Cette double circulation de termes dénote que la marginalité n’est pas un état en soi et que pour la vivre, la revendiquer ou la juger sur le plan des mœurs, il faut la spécifier, l’enraciner en quelque terreau, pour qu’elle devienne en quelque sorte une « abstraction concrète». (Barel 39) Le critère social prime dans l’analyse des marginaux mais il faut aussi tenir compte de leur identité, de leur mode de vie et de leurs déplacements dans différents lieux. Par conséquent, la marginalité se présente sous plusieurs facettes : sociale, identitaire et spatiale. I. Marginalité sociale Dans l’Avant-propos du volume Figures du marginal dans la littérature française et francophone Arlette Bouloumié considère que ceux qui vivent en 1 À son avis, le marginal est non seulement celui qui vit en marge, à l’extérieur du groupe social ou du centre spatial (ville, localité) mais la marginalité peut être vécue même au centre et l’on peut parler dans ce cas de marginalité sociale, culturelle, intellectuelle, professionnelle etc. Il existe toujours des différences entre la personne marginale et le groupe social dont elle s’éloigne. Ces différences peuvent viser l’identité, la religion, la culture ou l’aspect physique et vestimentaire. En outre, ceux qui sont passifs et, pour diverses raisons ne participent pas aux activités du groupe social, sont considérés des marginaux.

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