AGAPES FRANCOPHONES 2017

Floarea MATEOC Université d’Oradea, Roumanie _____________________________________________________________ 176 contexte l’ambivalence de la marginalité spatiale : la conséquence ou la cause de la marginalité sociale. C’est toujours André Vant qui précise dans l’étude citée ce que signifie la marge dans le contexte spatial : « Par l’étymologie, la marginalité s’inscrit d’abord dans le couple centre-périphérie. Limite frontière c’est-à-dire ligne, ou confins, lisière et anciennement "marche" [...] la marge se situe de toute manière à une certaine distance du centre. » (1986, 14) 4 Certains personnages des nouvelles concernées vivent en dehors des localités, loin du centre, dans les HLM de la banlieue des villes, toujours « à l’autre côté » de quelque chose. Chez Le Clézio, les surfaces d’eau sous des formes diverses apparaissent comme des limites naturelles. Mais c’est aussi en haut, sur un rocher ou sur le sommet d’une colline ou d’une montagne que les personnages peuvent trouver le silence, le réconfort et peuvent décider que faire de leur vie. D’habitude, la situation des personnages dans la hauteur de l’espace correspond à une position sociale privilégiée, à un rang élevé ou au pouvoir économique. Mais chez Le Clézio les choses se passent souvent à l’inverse. Nombre de ses héros marginaux vivent dans des maisons isolées en haut, des maisons délabrées, en ruine, habitées par des gens faibles, surtout des vieux. La situation en hauteur de ces gens les rend plus isolés du monde, tout en accentuant leur impuissance et leur marginalité. Un tel cas est représenté dans Villa Aurore. Située en haut de la colline, perdue parmi les arbres et peuplée d’oiseaux et de chats errants, cette maison d’une couleur nacrée est habitée par une dame étrange, « une sorte de fée peut- être dont le nom même me semblait plein de mystères et de promesses : la dame de la villa Aurore. » (LR 110) Dans cette nouvelle on peut déceler deux facettes du silence : d’un côté c’est le silence bienfaisant de la nature, offert par la communion avec le végétal et le minéral. Cet état appartient à la jeunesse de Marie Doucet, le nom symbolique de la propriétaire de même qu’à l’enfance heureuse de l’étudiant Gérard Estève. Charmé par ce lieu, il se plaisait à jouer dans le jardin et, longtemps après, lorsqu’il est étudiant, il revient pour revoir ce lieu magique et pour rencontrer la dame mystérieuse. D’un autre côté, c’est le silence de la vieillesse de la dame et de la mort imminente de la villa à cause des nouvelles constructions qui allaient la remplacer. Mais cette transformation correspond aussi au passage de l’étudiant vers la vie adulte, pleine d’épreuves et d’angoisse. Son pèlerinage à la villa Aurora se veut un retour dans le passé du bon vieux temps qu’il ne retrouve plus. Il semble que les silences ont des couleurs dans cette nouvelle : le blanc nacré d’autrefois et le gris triste du présent. Dans la description de la maison, Le Clézio crée une poésie du silence joyeux dans le passé : « peut-être qu’elle portait ce surnom à cause de sa couleur de nuage justement, cette teinte légère et nacrée, pareille au ciel du premier 4 On apprend aussi que la limite peut être perçue au plan horizontal et l’on a affaire à l’opposition centre-périphérie ou bien au plan vertical lorsque le centre est marqué par deux points situés en haut et en bas. En tout cas, on devrait percevoir la limite comme une frontière, une barrière de nature diverse : naturelle, physique ou politique et administrative. Le centre c’est d’abord la ville, la localité et le pouvoir qui en fait l’administration. C’est pour cela que les personnages le repoussent parce qu’ils détestent l’autorité, les normes, les contraintes. Et de là, leur retrait en dehors du centre vers la périphérie, vers des endroits où le pouvoir s’affaiblit et se rend plus supportable. Mais cet isolement peut être imposé par la société qui les voit différents parce qu’ils ne partagent pas les mêmes valeurs que la majorité des citoyens.

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