AGAPES FRANCOPHONES 2017

Floarea MATEOC Université d’Oradea, Roumanie _____________________________________________________________ 178 moutons avec son frère. En plus, ce lieu devient une thérapie contre les persécutions et les souvenirs de la prison. La lumière et le paysage de la montagne s’opposent à l’obscurité de la cellule et à la brume grise qui couvre la ville d’en bas. Dans cet endroit règne le silence originel, « de vent et de pierre » (LR 62) qui correspond à l’acception commune du mot. L’écrivain lui oppose les bruits fatigants de la prison et le vacarme de la ville repoussante : Mais après tous ces jours enfermés dans la prison, après l’ombre de la cellule, les couloirs humides et puants… après tous les bruits de pas, les voix, les claquements de porte qui résonnent toujours trois fois, comme ceci : pan ! pan ! pan ! Tayar aime ce silence de vent et de pierre, ce ciel immense et sans nuages où brûle un seul soleil. (LR 62) Mais la solitude s’empare de lui. Le silence devient alors l’expression de sa peur d’être poursuivi et retrouvé par la police. C’est un silence terrible, dur qui pétrifie le cœur. Le lecteur peut être frappé par la récurrence du mot « silence » à mesure que le récit avance. Force d’avoir gravi la montagne, assoiffé, l’état du jeune homme s’empire de même que le silence qui devient menaçant, terrible, lourd pour devenir grand à la fin, lorsque les policiers vont le retrouver. Il existe des situations où les marginaux cherchent une thérapie de la peur, de l’anxiété ou de l’angoisse en déambulant à travers l’espace. Cette errance peut se faire par la marche sans but dans différents endroits ou par l’évasion dans les rêves et les souvenirs. Nous avons identifié un cas pareil dans la nouvelle Le jeu d’Anne. Antoine, le protagoniste apparaît au lecteur comme un jeune étrange, singulier qui ne trouve plus sa place après la perte de sa femme, Anne, morte un an auparavant à la suite d’un accident de voiture. Il évoque souvent son passé, se rappelant le manque de communication avec son père. Très sensible de sa nature, il a supporté mal l’attitude autoritaire de son père qui l’a rendu timide. Isolé par ses camarades à cause de son refus de participer à leurs escapades amoureuses, Antoine se replie sur soi-même après la mort d’Anne, la seule personne qui le comprît et qui fût son partenaire de dialogue. La nostalgie des moments heureux passés dans sa compagnie, ce « sensucht », ce « desiderium amore » le rend malheureux. En contrepartie de son mutisme, l’écrivain a rempli le texte de beaucoup de lumière mais ce n’est pas celle de la sérénité mais la lumière aveuglante qui a provoqué l’accident d’Anne. Son âme semble l’accompagner partout, ce qui le rend désespéré, de sorte qu’il passe à l’acte : il se suicide, en provoquant un accident de voiture dans le même endroit où Anne a trouvé la mort. Conclusion Les onze récits de Le Clézio ont mis en scène des héros marginaux se confrontant aux normes sociales, aux problèmes identitaires et aux limites de l’espace. C’est ainsi que nous avons pu identifier trois types de marginalité : sociale, identitaire et spatiale. Dans tous les cas, on a affaire à une marginalité subie quoique dans certaines situations on pourrait croire que l’état de marginal est le choix du protagoniste. Dans ce contexte, il s’impose d’ajouter le fait que Le Clézio nourrisse une vive sympathie envers tous les démunis et les oubliés de l’Histoire que personne n’écoute et auxquelles il prête sa voix. « J’ai simplement le sentiment de

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