AGAPES FRANCOPHONES 2017

Roxana MAXIMILEAN Université Babeş-Bolyai, Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 184 sur l’enjeu intertextuel à l’intérieur du roman Magnus , plus précisément sur le choix du poème inséré à l’intérieur du livre et de son rôle pour la compréhension globale de l’œuvre. Ensuite, nous allons analyser un thème central de l’œuvre germanienne, le silence de la divinité. L’Intertextualité Le roman Magnus 2 comporte une structure fragmentaire ayant la forme d’un « puzzle reconstruit » (Guzel 2015). D’abord, la structure reflète la mémoire martelée du personnage principal. Dès le début, le lecteur est averti : « D’un homme à la mémoire lacunaire, longtemps plombée de mensonges, puis gauchie par le temps, hantée d’incertitudes, et un jour, soudainement portée à incandescence, quelle histoire peut-on écrire? [...] un récit en désordre, ponctué de blancs, de trous, scandé d’échos » (M 13-14) Ensuite, le roman contient de nombreuses références aux chefs-d’œuvre des auteurs qui ont influencé Sylvie Germain avant la création du livre. Dans son essai Les Personnages , l’écrivain témoigne que son imaginaire est « ouvert à tous les vents de l’inconscient, sujet à des flux et des reflux d’images, à des séismes, à des feux à des éclipses » (Germain 2004, 39). Elle pense que nous sommes faits de la chair des autres et affirme à haute voix porter en elle-même les figures du patrimoine culturel qui l’ont formée. On n’écrirait rien si on n’avait pas au préalable beaucoup lu- pas seulement des livres, bien sûr, mais aussi la vie, le temps qui passe, les évènements proches et lointains qui ont lieu, et les autres, tant dans leur parole que dans leurs agissements, leur comportement, leur visage et leur corps, et soi-même, pétri dans la même pâte, la même glaise, la même boue que tous les autres. On n’écrirait rien si on ne procédait à une lecture continue du monde - lecture qui brasse les cinq sens, qui scrute le banal autant que l’exceptionnel, observe pareillement le beau et le laid, le bon et le mauvais, se penche sur l’énigme du bien autant que sur celle du mal; lecture plurielle, zigzagante, radicante et proliférante. (Germain 2004, 39-40) Ainsi, une caractéristique définitoire du roman Magnus est l’intertextualité. Sa structure comporte des « fragments »numérotés de 0 à 29 entre lesquels s’intercalent des « séquences », des « notules » et des « résonances ». L’écrivaine relie des textes alternant entre l’histoire romanesque, la matière historique et les évocations poétiques. Les fragments représentent des parties du récit, les notules sont des gloses aux fragments qui, en apportant des informations historiques et culturelles, introduisent le réel à la fiction. Les séquences, résonnances et échos contiennent des citations d’œuvres littéraires, des évocations poétiques et symboliques qui dévoilent « la mémoire littéraire de l’auteur » (Koopman-Thurlings 2007, 241). Le poème de Paul Celan, Fugue de mort, est inséré dans le roman à l’intérieur d’une Séquence entre les Fragments 8 et 9. Le choix de l’écrivain n’est pas surprenant puisque le poème vient « accentuer et illustrer le récit précèdent » (Guzel 2015). Le fragment 8 décrit l’histoire de la famille de Théa Dukental et de son frère Lothar, parti avec sa famille en Angleterre à la vue de l’expansion nazie avec laquelle il n’était pas d’accord. Lothar refuse les idées pro 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (M), suivi du numéro de la page.

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