AGAPES FRANCOPHONES 2017

Sylvie Germain et Paul Celan. Perspectives sur la judéité dans le roman germanien _____________________________________________________________ 187 Par-dessus, par-dessus les piquant de la rose des vents, par-dessus les pointes des barbelés de tous camps, par-dessus les ronces du temps, par- dessus les couronnes d’épines lacérant le cœur des victimes-le psaume du silence. Le psaume du silence composé d’une multitude des mots de pourpre: sang et sueur de sang, et larmes de sang des victimes innombrables, ces roses de Rien, de Personne qui sans fin jonchent notre mémoire, écorchent notre conscience. (Germain 2006, 56) En ce qui concerne Sylvie Germain, la voie de l’athéisme celle « qui affirme « absent » à la place de Dieu et résout le problème par un vide radical » (Germain 2006, 23) n’est pas la sienne. Elle refuse d’accepter le silence de Dieu comme une évidence et cherche des réponses à travers son écriture. Face au silence de Dieu, à la fois scandale et mystère, l’homme a une tâche immense, faite de patience et de vigilance. Simone Weil, philosophe appréciée par Sylvie Gemain, affirmait dans son livre La pesanteur et la grâce que « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme de l’absence » (Weil 2008, 126). Nous retrouvons la même idée dans un autre livre du philosophe, Attente de Dieu : Le malheur rend Dieu absent pendant un temps, plus absent qu’un mort, que la lumière. [...]Pendant cette période il n’ya rien à aimer. Ce qui est terrible c’est que si, dans ces ténèbres, où il n’y a rien à aimer, l’âme cesse d’aimer, l’absence de Dieu devient définitive. Il faut que l’âme continue à aimer ou du moins à vouloir aimer. (Weil 1966, 102) À l’instar de Simone Weil, Sylvie Germain essaie d’entrevoir une lueur d’espoir dans ce monde dominé par des bouleversements catastrophiques, des deuils et de l’errance, habité par des « Abel de tous âges, de toutes races ...des Abel inconsolés. » (Germain 2006, 17). À travers l’écriture, elle donne la parole aux milliers de victimes, «transform[ant] leur silence en langage littéraire. » (Arraez Llobregat 2015) Conclusion En conclusion, la présente étude a été l’occasion de nous attarder sur la rencontre harmonieuse entre deux grands écrivains. Deux figures unies par une lutte commune, celle contre l’oubli des malheureux. Même si nous avons déjà travaillé auparavant sur l’œuvre germanienne, elle ne cesse de nous émerveiller par la puissance de son imaginaire et sa richesse stylistique. Quant à Paul Celan, il est un poète fascinant qu’on vient de découvrir à travers le livres de Sylvie Germain et qui a éveillé notre intérêt. À première vue, le rapprochement entre les deux semble inapproprié étant donnée la différence culturelle et stylistique. Pourtant, ils sont des « scribes du silence » qui « bris[ent] le silence par le silence » (Arraez Llobregat 2015). Les pistes pour le développement de cette analyse ou pour une autre sont nombreuses. Nous pensons aux figures du Mal présentes dans le roman, à l’analyse d’autres textes insérés dans le livre, au mutisme du personnage principal. En plus, nous voyons un parallèle entre le livre de Job, symbolique pour le silence de la divinité et le roman Magnus ainsi qu’une association entre Les frères Karamazov de Dostoïevskiet le même roman.

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