AGAPES FRANCOPHONES 2017
MIHÁLYI Dorottya Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 196 fois décrite va se répandre. Ainsi l’Occident va prendre connaissance de l’existence de ce monde et va suivre son exemple. On voit le résultat de cette propagande chez Gide qui, dans la préface de son Retour de l’URSS , explique ses exigences : J’ai déclaré, il y a trois ans, mon admiration pour l’U.R.S.S., et mon amour. Là-bas une expérience sans précédents était tentée qui nous gonflait le cœur d’espérance et d’où nous attendions un immense progrès, un élan capable d’entraîner l’humanité tout entière. Pour assister à ce renouveau, certes il vaut la peine de vivre, pensais-je, et de donner sa vie pour y aider. (Gide 2008) Mais l’organisateur oublie de tenir compte de ce que le voyageur et le lecteur occidentaux ne sont pas forcément si naïfs et influençables. Ils voient les défauts de leur propre système politique, ils voient comment leur pays fonctionne, ainsi ils se posent des questions, surtout sur la possibilité d’un système idéal et égalitaire. Ils commencent à chercher ce qui est caché derrière le décor. Les récits de voyage relatifs aux régimes totalitaires nous apprennent que nous devons être plus prudents en les lisant. Nous devons chercher ce qui n’est pas dit, repérer les silences, car ces silences parlent. Seulement ceux qui comprennent ces silences vont savoir comment ces régimes fonctionnent. Ceux qui les négligent vont être introduits en erreur. Le bruit de l’irréel reste toujours plus convaincant que le silence de la réalité mais le lecteur ne doit pas se laisser confondre, il doit être attentif. Il doit faire des efforts, voir le non-présenté et entendre le non-dit. En lisant ces récits nous devons donc dépasser la simple lecture-analyse du texte et apprendre à lire des silences. En résumant, nous devons constater que le voyage traditionnel s’est transformé avec l’entrée en lice des régimes totalitaires du XX e siècle. Ce nouveau type de voyage est conduit par la volonté de l’État. Le rôle principal est accompli par l’organisateur au lieu du voyageur. C’est la volonté de l’État qui doit se réaliser, le voyageur n’est plus qu’un participant qui doit être présent et faire ce que son guide lui demande. Le voyage est monté comme une pièce de théâtre, dont le déroulement illustre les objectifs du régime. Ainsi, le récit de voyage qui naît après un séjour dans un pays totalitaire risque de devenir pure propagande, inspirée volontairement par l’organisateur mais écrite involontairement par le voyageur. Ce dernier ne sombre cependant qu’au cas où il reste sourd à ce qui n’était pas dit. Bibliographie Gide, André, Retour de l’U.R.S.S. suivi de Retouches à mon « Retour de l’U.R.S.S. » , Paris, Gallimard, 1950. Gide, André, Retour de l’U.R.S.S. (quatrième édition, Paris, Gallimard, 1936), Livre électronique de Project Gutenberg Canada n°105, 2008. [En ligne] URL: https://www.gutenberg.ca/ebooks/gide-urss/gide-urss-00-h.html (Consulté le 17 juin 2017). Gide, André, Visszatérés a Szovjetunióból , Trad. du français par Tibor Déry, Budapest, Interart, 1989. Barbusse, Henri, Russie , Paris, Flammarion, 1930. Gannier, Odile, La littérature de voyage , Paris, Ellipses, 2001. Roy, Jules, Le voyage en Chine , Paris, René Julliard, 1965. Nagy, Lajos, Tízezer kilométer Szovjetoroszország földjén , Budapest, Szépirodalmi, 1989.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=