AGAPES FRANCOPHONES 2017
Tableaux muets, poèmes parlants – silence et son dans l’œuvre et la réception poétique de Jean-Antoine Watteau MOLNÁR Luca Université de Szeged, Hongrie Résumé. À son époque, au début du XVIII e siècle, Jean-Antoine Watteau était considéré comme le peintre de la joie. Néanmoins, en analysant les figures représentées par Watteau, nous nous rendons vite compte que ses personnages n’expriment aucun sentiment : les visages sont dépourvus des passions, la scène est donc muette, figée. C’est cet arrêt du temps qui a attiré l’attention des poètes du XIX e siècle, qui ont cru retrouver dans les tableaux de Watteau la représentation d’un passé perdu. Mais - contrairement aux poètes du XVIII e siècle - dans leurs poèmes inspirés par les œuvres de l’artiste qu’ils tiennent pour mélancoliques, Victor Hugo, Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Paul Verlaine traitent pourtant du son qui n’est rien d’autre que la musique. Les écrivains romantiques transforment donc en musique l’absence du son dans les tableaux de Watteau. Abstract. In his age, in the early decades of the 18th century, Jean-Antoine Watteau, French Rococo painter, was considered to be the painter of joy, even though his painted figures do not express any emotions: the faces of the characters give no sign of passion, and the scene remains, therefore, silent and frozen. It is this stopping of time that the 19 th -century poets find fascinating, as they believe to have found the representation of a lost world in the paintings of Watteau. Nevertheless – as opposed to the 18 th century poets – in their poems, which are inspired by the paintings that they see as melancholic, Victor Hugo, Théophile Gautier, Charles Baudelaire and Paul Verlaine write about a special sound, which is no other than music. The romantic authors transform the silence in Watteau’s paintings into music. Mots-clés : Watteau, poésie, romantisme, musique. Keywords : Watteau, poetry, romanticism, music. Introduction Le plus grand peintre français du rococo, Jean-Antoine Watteau, a été considéré comme le peintre du bonheur et de la joie dans la première moitié du XVIII e siècle - déjà de son vivant, mais aussi après sa mort survenue en 1721. Curieusement, au XIX e siècle, on commence à interpréter ses œuvres en tant que mélancoliques. Pour les écrivains romantiques de cette période, les sentiments de bonheur et de joie des tableaux de Watteau se transforment en ceux de regret, de perte et de nostalgie. Mais malgré les différents accents dans la réception de l’œuvre de l’artiste aux deux périodes mentionnées, sa popularité ne change pas. Watteau a excellé dans le genre que l’on appelle aujourd’hui fête galante 1 . Il faut chercher l’origine de ce genre dans la Cour de Louis XIV où – à partir du milieu du XVII e siècle – on a organisé des fêtes royales qui s’appelaient Les Plaisirs de l’île enchantée. Ces festivités étaient des événements pompeux où l’accent était mis sur le spectacle complexe composé de danse, de pièces de théâtre et de musique, et qui ont duré pendant plusieurs jours loin des villes, dans la nature : 1 Cette expression a été donné ultérieurement au genre des peintures de Watteau.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=