AGAPES FRANCOPHONES 2017

MOLNÁR Luca Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 200 cette sorte de divertissement aux foires parisiennes, et ces expériences sont à l’origine de l’imagination féconde et de l’illusion aussi appréciées dans ses tableaux que la nature et la vraisemblance, comme le souligne Thomas Crow : « La comédie à l’italienne, tout particulièrement les troupes de la foire, constituait sa principale source d’inspiration. » (71) Ce sont ces expériences qui réapparaissent dans les peintures de Watteau intitulées entre autres Pierrot - autrefois appelé Gilles - (1718-1719), L’indifférent (1716) ou Amour au théâtre italien (1717). À part son rôle particulier aux foires, le théâtre est également lié aux fêtes de l’époque. Il devient le centre de la vie sociale et, ainsi, la théâtralité s’intègre aussi dans la vie quotidienne. Comme Robert Tomlinson - spécialiste du théâtre français du XVIII e siècle - le souligne : [p]our cette société bourgeoise les fictions théâtrales sont des masques transparents dont ils se servent pour des raisons personnelles, selon une vision du monde où le jeu est miroir de la réalité et la réalité une espèce de jeu. (157) Il nous paraît que les visages de Watteau font partie de ce jeu. Ils semblent être cachés derrière des masques, ceux des acteurs sur une scène – et ils sont représentés dans un « moment suspendu », qui ne laisse pas de place pour le son. Non seulement les poèmes, mais aussi l’analyse des tableaux nous amène à la conclusion qu’au XVIII e siècle, les peintures de Watteau sont muettes. Elles témoignent, quelque peu curieusement, de ce que dans la peinture rococo, le silence va de pair avec la théâtralité des fêtes galantes, l’illusion et le temps suspendu. II. Quand on entend les tableaux : l’univers de Watteau dans la poésie du XIX e siècle Pendant la seconde moitié du XVIII e siècle, certains écrivains et critiques comme Diderot rejettent l’art du peintre et négligent ses œuvres, parce qu’ils les trouvent trop maniérées, et leurs sujets trop éloignés de la réalité. Cette tendance du discours critique disparaît pourtant au début du XIX e siècle, lorsque le nom de Watteau devient aussi connu et admiré qu’auparavant. Nous devons néanmoins remarquer que la réhabilitation du peintre ne se produit pas sans changements : ce n’est pas en effet sa popularité qui change au cours du temps, mais l’approche de ses œuvres. Par la suite, nous chercherons la réponse à la question de savoir si ces changements marquent également une nouvelle approche du son et du silence dans les tableaux de Watteau. Nous sommes conduits en effet à la même question en considérant le contexte social du romantisme. À cause des changements aux niveaux politique et social, le contexte artistique se transforme aussi, et le genre des fêtes galantes ne peut plus signifier le même monde heureux que presque un siècle avant. La pompe et la gloire de la Cour française sous Louis XIV et sous la Régence sont déjà très loin. Dans la société dominée par le progrès et définie par le bouleversement des classes sociales, les artistes se trouvent entre un monde ancien, passé (l’Ancien Régime) et un monde nouveau, inconnu, instable. Nous pouvons constater que ce changement dans la société reconduit les écrivains et poètes du XIX e siècle aux fêtes galantes - et ainsi à Watteau. L’univers illusoire que ses œuvres représentent est celui du bonheur et de la joie, qui est loin de la

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