AGAPES FRANCOPHONES 2017

Tableaux muets, poèmes parlants – silence et son dans l’œuvre et la réception poétique de Jean-Antoine Watteau _____________________________________________________________ 203 Mandoline : « Les donneurs de sérénades et les belles écouteuses » À Clymène : « Mystiques barcarolles, Romances sas paroles » Colombine : « - Do, mi, sol, mi, fa - Tout ce monde va, Rit, chante » Clair de Lune : « Votre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques Jouant du luth et dansant et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques. » Claude Debussy a même composé une pièce de musique pour ce dernier poème, qui est le troisième mouvement de la Suite bergamasque (1905). La présence de la musique – et de la musicalité – dans l’œuvre de Verlaine n’est pas tellement surprenante, car le poète lui-même souligne leur importance dans la première ligne de son poème programmatique Art poétique 9 : « De la musique avant toute chose ». Effectivement, la musique est inséparable de la pensée romantique, dominée par les sentiments de nostalgie, de tristesse et du désir d’un monde parfait, passé et inaccessible. Néanmoins, dans les poèmes de Verlaine, la parole est aussi présente. Cela semble contredire notre hypothèse selon laquelle le seul son des fêtes galantes serait la musique. Nous analysons tout brièvement deux poèmes du recueil Fêtes galantes contenant de la parole, pour y trouver l’explication à cette contradiction apparente : Les indolents et Colloque sentimental. Dans Les indolents, nous entendons le dialogue d’un couple amoureux, mais la parole est coupée par la femme, qui énonce les vers suivant : « mais taisons-nous, si bon vous semble ! », et personne ne parle plus dans les deux dernières strophes. Ce poème suggère que les fêtes galantes de Verlaine sont effectivement muettes, la parole n’y a pas de place. En ce qui concerne l’autre œuvre, le Colloque sentimental , là aussi, nous sommes témoins d’un dialogue, mais à la fin du poème nous comprenons que c’était un dialogue secret et muet : « Et la nuit seule entendit leurs paroles ». Nous pouvons ainsi constater que pour les poètes romantiques, les scènes des fêtes galantes sont toujours silencieuses, et si elles contiennent du son, ce n’est que la musique que l’on peut y entendre. III. Comment saisir la musique dans l’art de Watteau ? Au terme de notre parcours, nous pouvons alors bien nous poser la question : où est-ce qu’on peut saisir la musique dans l’art de Watteau ? Bence 9 Ce poème a paru dans le recueil Jadis et naguère une quinzaine d’années après les Fêtes galantes en 1884.

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