AGAPES FRANCOPHONES 2017

MOLNÁR Luca Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 204 Szabolcsi, historien de musique hongrois trouve que la musique et l’univers de Watteau sont inséparables : […] à cela servent le monde théâtral à la lumière faible de ses tableaux, la danse de ses figures, la posture du chanteur ( L’indifférent ) et le défilé de la variété des instruments que le peintre donne dans les mains de ses figures pour accompagner leurs chansons ou dialogues, comme l’épice de leurs fêtes, bals, féérique et éphémère divertissements. 10 (154) En regardant ses tableaux, nous y retrouvons en effet de nombreux musiciens et instruments. À ce point de notre analyse, nous devons nous poser de nouvelles questions : comment est-il possible que les poètes du XVIII e siècle ne mettent pas alors d’accent sur la présence de la musique dans ces tableaux ? Comment ces éléments tout à fait évidents pouvaient-ils leur échapper ? Si nous observons bien les tableaux de Watteau représentant des instruments ou des musiciens ‒ comme par exemple ceux intitulés Les charmes de la vie (1716-1718), La finette (1717), La leçon de musique (1717-1718) ou La partie carrée (1713) ‒ nous nous rendons compte de ce que sur la plupart de ces œuvres, non seulement les visages, mais les instruments sont aussi silencieux : nous voyons en général des moments où les musiciens ne jouent pas et les chanteurs ne chantent pas, autrement dit, des moments d’arrêt, du repos – et du silence. Où se trouve alors le son dans l’univers de Watteau ? L’analyse des tableaux atteste qu’il n’y a pas de présence véritable du son dans l’œuvre du peintre. Il fallait attendre plus d’un siècle après la création du genre des fêtes galantes pour pouvoir entendre sa musique – grâce aux poèmes romantiques traitant des fêtes galantes. Conclusion L’interdépendance de la peinture et de la poésie a toujours été une question controversée de la théorie de l’art, depuis l’Antiquité. Il suffit de penser à l’idée de Simonide ‒ qui se figure aussi dans le titre du présent travail ‒ , selon qui la poésie est une peinture parlante et la peinture est une poésie muette. Nous pourrions également évoquer Horace et sa théorie de l’ ut pictura poesis 11 ou, par rapport à l’art français du XVIII e siècle, citer les réflexions de l’abbé Du Bos. En fin de compte, la grandeur de Watteau consiste dans le fait que son art peut suggérer de nouvelles inspirations poétiques, même une centaine d’années après sa mort. Il est vrai que les poètes de différentes époques se servent de différents langages quand ils parlent de Watteau et de son art, soulignant ainsi d’autres éléments de son œuvre. Par la comparaison et la mise en parallèle de ces éléments valorisés, nous pouvons mettre en lumière les 10 « […] erre szolgál képeinek tompított fényű kulisszavilága, alakjainak táncos mozgása, énekes kiállása (A közömbös) és nem utolsósorban az a sokféle hangszer, mely e képeken felvonul, melyet a festő alakjainak kezébe ad énekük vagy párbeszédük kíséretében, ünnepélyeik, báljaik, tündéri és illanó szórakozásuk fűszeréül. » (Notre traduction) 11 Voir à ce sujet l’œuvre de Rensselaer Wright Lee, intitulée Ut pictura poesis. Humanisme et théorie de la peinture: XV e –XVIII e siècles (1994).

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