AGAPES FRANCOPHONES 2017

L’évasion silencieuse de Lena Constante – vaincre le silence de la prison par la force de l’esprit _____________________________________________________________ 209 piège qu’il avait tendu » (Rusan 1998). Pătrăşcanu a été dur et cruel, mais pas assez. Même si, à présent, on considère qu’il a beaucoup travaillé pour que le parti obtienne les rênes du pouvoir, néanmoins il n’a pas assez travaillé, à l’avis de ses ennemis de l’intérieur du parti. En réalité, ses supérieurs de Bucarest et de Moscou n’ont pas été trop contents de ses actions. En outre, parce que le secrétaire général du PCR, Gheorghe Gheorghiu-Dej, le percevait comme rival, il met en œuvre sa marginalisation et peu de temps après – le 28 avril 1948 – son arrestation, sous les prochaines accusations : « ennemi du peuple » et « traître au Parti ». Son procès dura six ans, période dans laquelle on a fabriqué des preuves l’incriminant, et le 17 avril 1954 il a été exécuté. En appliquant des formules stéréotypes, dans des mises en scène pareilles, on distribuait avec la plus grande légèreté des accusations fortes comme : trahison , instigation , conspiration contre l’ordre social , sabotage , diversion , espionnage , attitude hostile . 2. Le rôle de Lena Constante Parmi les proches de Pătrăşcanu qui ont été obligés de témoigner contre lui après de longues enquêtes parsemées de tortures physiques et psychiques, il y a Lena Constante, Harry Brauner et Belu (Herbert) Zilber. En cédant, ce dernier a accepté de collaborer en fournissant des détails mensongers sur l’activité politique de son ancien ami, ce qui a contribué à la condamnation à mort et à l’exécution de Pătrăşcanu. D’ailleurs, au bout de trois mois d’enquête intense, Lena Constante – poussée à se rappeler des choses qu’elle n’avait jamais vécues – se rend compte de la manière dont on procédait et décrit avec lucidité le mécanisme des simulacres judiciaires : Cette enquête avait donc un seul but. Monter, pièce par pièce, un complot inexistant. D’après un scénario auquel avait collaboré, je l’ai appris plus tard, le numéro trois, H. Silber. Rendre ce complot crédible, par une accumulation de faux témoignages. Les enchevêtrer. Leur donner une illusoire réalité. Par des aveux successifs arrachés aux inculpés contre eux- mêmes. À chaque inculpé contre les autres. (ES 44) Si Belu Zilber était homme politique communiste actif, les artistes Lena Constante et Harry Brauner qu’elle épouse en sortant de la prison ont été tout simplement les amis intimes de Lucreţiu et Elena Pătrăşcanu. Même sans expérience politique, peu après son arrestation, Lena Constante trouve les raisons pour lesquelles Pătrăşcanu est devenu indésirable : « il n’était pas d’accord avec certaines décisions du Parti. Trop hâtives. […] Il n’approuvait ni les épurations à outrance ni les vengeances exagérées. » (ES 18) Elle fait partie du lot qui doit accuser Pătrăşcanu, en raison de son amitié avec Elena Pătrăşcanu, architecte et scénographe. Toutes les deux ont beaucoup travaillé pour organiser un théâtre de marionnettes, le futur Ţăndărică, « le premier chez nous » ( Ibid. ), à côté du folkloriste et du musicien Harry Brauner qui les a aidées. Conformément au témoignage de l’artiste, ils étaient la plupart du temps ensemble tous les trois. Souvent, pendant les vacances et les week-ends, le ministre venait les rejoindre. C’est pour cela que tous sont devenus des marionnettes d’un procès d’État classique, maniées avec de très longues ficelles en fonction des intérêts politiques du moment. Quant aux méthodes de leur arracher des déclarations fabriquées lors de l’emprisonnement, on y a

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