AGAPES FRANCOPHONES 2017
Marie-Christine LALA Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, France _____________________________________________________________ 24 (perlocutoires) sur les sentiments, les pensées, les actes des interlocuteurs. On distinguera le sous-entendu : contenu implicite qui permet des inférences tirées du contexte (« avancer quelque chose sans le dire tout en le disant », Ducrot) : cet élément absent de l’énoncé lui-même apparaît quand le co-énonciateur le fait émerger du contexte. Et le présupposé : contenu implicite inscrit dans la structure de l’énoncé qui, selon les formes de certaines expressions linguistiques, se donne comme un apport propre de l’énoncé – ainsi par exemple : Jacques fume actuellement (présupposé admis/non admis dans l’énoncé : Jacques fumait autrefois). La complexité de l’implicite apparaît nettement dans les problèmes de traduction. Il y a des données récupérables qui nécessitent un calcul, cela implique la prise en compte de l’intentionnalité et demande un arrière-plan discursif (lois du discours, « maximes conversationnelles », Grice). Dans la perspective de la politique du silence , l’implicite connaît une extension maximale au sens où le langage est traversé d’implicite (par exemple dans le langage intérieur). Mais l’implicite rencontre ses limites du fait que, même s’il entre pleinement dans la dimension du silence constitutif , il exclut l’opacité du non-dit discursif (Orlandi, 1996, 57). 4.2. Le non-dit ou les formes du silence comme manifestation du vouloir dire La prise en considération d’un corpus issu de L’Amante anglaise de Marguerite Duras permet de mesurer l’écart entre implicite et ineffable, dans un texte où un fait divers transposé en fiction narrative présente certaines manifestations du vouloir dire comme des formes du silence, sur le mode du non-dit, à travers la négation, le discours intérieur ou le discours rapporté, des modalisations et mises à distance par l’interrogation et le commentaire métadiscursif : Exemple (5) Par discrétion, j’avais pris l’habitude de ne pas demander à Pierre pourquoi je ne les avais pas vus la veille ou depuis tant de jours. J’avais remarqué — il me semblait du moins — que Pierre n’aimait pas qu’on lui demande ce qu’il devenait, ce qu’il avait fait. Question de pudeur je crois. […] J’ai trouvé qu’il avait l’air fatigué et qu’il était un peu négligé dans sa tenue — lui toujours si correct. Il portait une chemise bleue un peu sale au col. Je me souviens, je m’en suis fait la réflexion. Je me suis dit : tiens, qu’est-ce qu’il y a ? […] Il y a eu un silence assez long. On cherchait malgré soi quelle femme à Viorne correspondait au signalement de la victime. C’est pendant ce silence que je me suis aperçu de l’absence de Claire. Je veux dire par là que cette absence m’a frappé et que j’ai fait la relation entre elle et l’air soucieux de Pierre. Je n’ai pas demandé de ses nouvelles à Pierre mais j’ai eu le temps de penser que peut-être le moment approchait où il lui faudrait s’en séparer. C’est Alfonso — tout comme s’il avait deviné ma pensée — qui lui a demandé : « Claire n’est pas malade ? » Pierre a dit : « Elle avait quelque chose à faire à la maison, elle va venir, non elle n’est pas malade mais elle est fatiguée. Il a ajouté : très fatiguée, mais ce n’est sans doute rien de grave, peut-être le printemps. Puis la conversation a repris encore sur le crime. (Duras, L’Amante anglaise , Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 1967, 12-15)
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=