AGAPES FRANCOPHONES 2017
Leila SARI MOHAMMED Université Abou Bakr Belkaid, Algérie _____________________________________________________________ 258 outres d’un silence inépuisable. » (1995, 76) Dès lors, le travail de l’écrivain ne serait plus qu’une écoute de soi. Écrire, ce serait se tenir au plus près de soi, demeurer dans le silence, se mettre sous la dictée de la voix, qui est un signe de l’intériorité. De même que la voix sensible est indissociable d’un espace sonore, du bruit de fond et de l’écho, de ce « lien viscéral, fondateur, entre le son, le sens et le corps, qui constitue l’oralité ». Cet aspect de la voix est très apparent dans Vaste est la prison où la narratrice n’a qu’à tendre l’oreille pour écouter les voix qui habitent son corps : « Je n’inscris pas les paroles… je me les remémore : où que j’aille, une voix persistante les chante dans ma tête […]. » (VP 172) Aussi Djebar pratique cette écoute du silence dans ses romans, en particulier dans Vaste est la prison : J’écoute pour me rappeler, pour sentir ce frôlement du réel. J’écoute aussi parfois la façon de se taire… J’écoute et je tente de faire sentir à l’autre, à celui dont le silence parle que cette commotion imperceptible est passée à mes yeux, à ma main, à ma mémoire. (61) L’écriture dans ce texte est bien ce nœud où se rencontrent le silence et la signifiance. Et c’est dans les zones d’ombre de l’espace textuel que l’auteur cherche à transmettre un monde intérieur, silencieux mais vivant. Sa quête dans cette écriture c’est de faire résonner les battements d’une voix étouffée et faire vibrer l’énergie secrète des mots. Bibliographie Textes de référence Djebar, Assia, Vaste est la prison, Paris, éd. Albin Michel, 2002 [1995]. Ouvrages critiques Adamov, Arthur, « La cime suprême d’en bas », Le Magazine Littéraire , n°206, 1984. Barthes, Roland, Le bruissement de la langue , Paris, Seuil, 1984. Clerc, Jeanne-Marie, Assia Djebar : Écrire, Transgresser, Résister, Paris, L’Harmattan, 1997. Dessons, Gérard (dir.), Penser la voix , La Licorne, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 1997. Djebar, Assia, Ombre sultane , Paris, éd. Lattès, 1987. Djebar, Assia, « Cahiers d’études Magrébines », Cologne , n°2, mai 1990. Djebar, Assia, L’amour la fantasia, Paris, éd. Albin Michel, 1995 [1985]. Djebar, Assia, Ces voix qui m’assiègent, Paris, éd. Albin Michel, 1999. Djebar, Assia, Vaste est la prison, Paris, éd. Albin Michel, 2002 [1995]. Djebar, Assia, Femmes d’Alger dans leur appartement, Paris, éd. Albin Michel, 2002 [1980]. Djebar, Assia, Nulle part dans la maison de mon père, Paris, éd. Fayard, 2007. Meschonnic, Henri, Pour la poétique, Tome II , Paris, Gallimard, 1973. Van Del Heuvel, Paul, Parole, Mot, Silence. Pour une poétique de l’énonciation , Paris, éd. José Corti, 1985.
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