AGAPES FRANCOPHONES 2017
Anna SWOBODA Université de Silésie, Pologne _____________________________________________________________ 266 valeurs, à des références, à des repères. J’étais là comme une poupée brisée, abandonnée dans une poubelle, un soir dans une rue déserte. » (R 154) En conséquence, elle se soumet volontairement à l’ordre social traditionnel, en acceptant d’épouser le Serigne et en rejetant l’image de la « femme moderne » occidentale ou occidentalisée, qui « devrait être dans un ménage monogamique, absolument, avoir deux ou trois enfants, se promener le week-end avec son mari [...], être affichée partout avec lui et devant tout le monde et ceci pour le meilleur et pour le pire » (R 154). Le roman, plein de commentaires négatifs sur le mode de vie des femmes dans le monde occidental, ne contient aucune remarque critique sur le Sergine ou la polygamie. Chez le Serigne, Rama peut retrouver ses racines, « parler d’autre chose », donc être enfin comprise. La narratrice idéalise le Serigne en disant qu’il est « la plus haute autorité de tous les environs, la référence morale, matérielle, spirituelle, presque le garant du Paradis » (R 61). En tenant compte de l’histoire de Rama, l’image du maître spirituel dans Riwan ou le chemin de sable est assez controverse. Catarina Martins en parle ainsi : Le protagoniste met en relief l’intelligence, la sagesse et l’ouverture d’esprit du vieux marabout qui est impatient de découvrir d’autres cultures et façons de penser à travers le débat intellectuel avec une jeune femme qui a été à l’étranger et qui a étudié. En effet, elle trouve en lui le partenaire intellectuel qu’elle cherchait, qui reconnaît ses expériences personnelles sans les censurer. Le protagoniste souligne également la tendresse et la satisfaction sexuelle qu’il donne à ses épouses malgré son grand âge, ainsi que son talent naturel pour calmer les esprits les plus troublés et rebelles. Néanmoins, il demeure l’agent central de l’ordre social qui met les femmes à son service et il accepte même les dons des adolescents comme la preuve de la foi de ses disciples 4 . (2015, §22) La narratrice se conforme aux règles sociales, en acceptant et en dessinant elle-même l’image idéaliste du Serigne. Après être devenue l’épouse du marabout, elle refoule ses sentiments négatifs et s’abstient de les exprimer. Quand elle est jalouse à cause d’une nouvelle femme ou quand elle doit appeler une autre épouse pour que celle-ci passe la nuit avec le Serigne, elle s’adapte à la situation en disant : « À partir du moment où je compris que ma vie ne devait pas être gâchée par une nouvelle petite fille, j’appris à faire comme tout le monde. Je commençai à prendre soin de moi-même et à mieux vivre ma vie. » (R 200) La narratrice décide de se libérer de ses « mauvaises pulsions ». Pour elle, la jalousie « ne pouvait pas être réfutée. Elle existait, mieux, elle était une simple réalité humaine acceptée comme telle. Ce qu’il fallait éviter c’étaient les déviations du sentiment. La jalousie était toute aussi douloureuse que l’idée de la 4 « The protagonist emphasizes the intelligence, the wisdom and the openness to knowledge of the old marabou that is eager to find out about other cultures and ways of thinking through intellectual debate with a younger woman who has been abroad and studied. Indeed, she finds in him the intellectual partner she had been looking for and that acknowledges her life experiences without censorship. The protagonist also stresses the tenderness and sexual satisfaction he gives to his wives, in spite of his old age, and his natural talent to bring peace to the most disturbed and rebel minds and spirits. However he remains the central agent of a social order that puts women at his service and even accepts the offer of adolescent girls as faith tokens by his followers. » (Notre traduction)
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