AGAPES FRANCOPHONES 2017
SZÁSZ Géza Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 272 Pour trouver des réponses, nous avons d’abord étudié les vies des auteurs, les traces de leurs relations avec le beau sexe. Ensuite, nous sommes passés à l’examen des rares cas de représentation des femmes dans les textes. Nous devons en même temps préciser que notre approche ne relevait pas ici des gender studies , mais d’un simple questionnement autour d’un fait repéré dans le tableau social. 3. Quatre vies Si l’on étudie les vies des auteurs, on voit que le maréchal Marmont s’est marié plutôt jeune, à l’âge de 24 ans. Né en 1774, il a épousé en 1798 Hortense Perregaux (1779-1857), fille d’un riche banquier, sa cadette de cinq ans. D’après Jean Lhomer, auteur d’une histoire de la famille Perregaux (Lhomer 1926, 121- 126), les absences fréquentes du mari au foyer, dues aux campagnes militaires, ont sérieusement perturbé l’entente des conjoints. Le mariage restant sans enfant, les tensions ne s’apaisaient pas. Insatisfait (comme il en avait fait état même à Napoléon), Marmont a néanmoins essayé de souder leur union, en emportant avec lui sa femme en Illyrie après 1809. Cela ne pouvait plus sauver la situation, et ils ont divorcé avant la fin de l’Empire. Marmont ne s’est plus remarié (il n’avait pourtant que 40 ans), et l’on ne trouve pas de trace d’une présence féminine dans sa vie après 1830, début de son exil volontaire en terre autrichienne. (Il meurt à Venise, en 1852, à l’âge de soixante dix-huit ans.) Le récit de ses deux voyages en Hongrie (1831 et 1834) semble confirmer ce constat : le vieux soldat, souffrant des problèmes de santé, se fait plutôt accompagner d’un médecin. Le deuxième voyageur, Anatole de Démidoff est venu en Hongrie en 1837, en compagnie de Fanny de la Rochefoucauld, sa maîtresse (selon d’autres références, sa femme), et son aînée de six ans 9 . Leur rupture eut lieu un peu plus tard, en Roumanie (Bardy 1998). (Trois ans plus tard, Démidoff a épousé à Paris Mathilde de Bonaparte, nièce de Napoléon I er , mais, suite à de nombreux scandales, ils ont fini par divorcer.) Édouard Thouvenel, venu en Hongrie et en Roumanie en 1838, était sans doute trop jeune pour être marié. (Il n’avait que 20 ans, et ne fut pas encore « établi ».) Nous ne disposons pas d’informations sur la présence d’une femme pendant le voyage. (Bien plus tard, il s’est marié, et avait aussi des enfants.) La vie privée du quatrième voyageur est assez tragique. Xavier Marmier a épousé en 1843, à l’âge de 35 ans, Françoise Pourchet. Un an plus tard, sa femme mourut en couches avec leur enfant. Resté seul, Marmier ne s’est plus remarié, et quand il vint en Hongrie, en 1845, le souvenir du traumatisme devait être vif. Cette brève énumération des faits domestiques montre que les quatre 9 Démidoff (1813-1870), avait alors vingt-quatre ans, Fanny (1807-1848) trente. D’après certaines bases de données généalogiques, dont geneagraphie.com, Fanny de la Rochefoucauld, mariée en 1828 au comte Armand Alexis de Montault, se serait remariée en 1837 avec le comte de Démidoff. Le voyage en Europe Centrale et Orientale serait alors un voyage de noces. Cette thèse est contredite d’une part par le récit de voyage manuscrit retrouvé par Gilles Bardy, d’autre part par le texte même de Démidoff, qui évite toute mention explicite d’une compagne (alors que celle d’une épouse serait doublement légitime).
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