AGAPES FRANCOPHONES 2017

SZÁSZ Géza Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 274 vinrent troubler notre frugal dîner. Bientôt entrèrent trois musiciennes allemandes, dont le costume n’indiquait que trop des troubadours à pied, avec la harpe et la guitare en sautoir. L’une d’elles était jeune et d’une physionomie intéressante, et toutes avaient un maintien décent, qu’on trouve généralement en Allemagne, où ce genre de talent nomade n’est pas toujours un manteau qui couvre la mendicité. Les chants que nous firent entendre ces pauvres femmes indiquaient beaucoup plus d’art qu’on n’est en droit d’en demander à des virtuoses de place publique. À l’instant même où nous rentrions dans notre bateau, nous comprîmes que l’ex-dragon, notre pilote, avait une faveur à nous demander ; et cette grâce, c’était d’accorder passage aux trois chanteuses, qui étaient sœurs, et se rendaient à Pesth. Nous ne pûmes refuser cette assistance aux beaux-arts, qui ne vont que trop souvent à pied, et notre voyage se continua aux accords des ballades nationales. (Démidoff 1840, 72) Le comte lui-même s’exprime aussi sur les femmes. Certes, il ne semble pas rencontrer des Hongroises, mais les aperçoit au moins. Au sud de Pest, à bord du bateau à vapeur, il remarque la présence de femmes à côté des hommes parmi les habitants des rivages occupés à contempler le lent passage du bâtiment. Ainsi, Hongrois et Hongroises seraient parfaitement égaux en paresse et en curiosité : On s’aperçoit que le trajet du bateau à vapeur est encore chose nouvelle dans ce pays, et que l’étonnement et la curiosité du peuple ne sont point rassasiés de ce spectacle. Tel était l’intérêt irrésistible qu’il entraînait avec lui, que, pour nous mieux considérer, une foule d’hommes et même de femmes s’avançaient dans l’eau vaseuse et noire jusqu’aux genoux, et y restaient immobiles même lorsque le navire avait repris sa vitesse. (80) L’arrivée du bateau à Mohács donne lieu au plus bel exemple de la représentation de la femme (et de l’intérêt du voyageur pour les femmes) : le comte note avec stupéfaction que dans le port de la ville les femmes travaillent à la place des hommes : Donc, en arrivant à Mohacs au moment où le jour finissait, nous fûmes entourés par une foule bruyante qui encombrait la rive, changée en véritable bourbier. À peine la planche de communication était-elle assurée, qu’une quantité de femmes, vieilles et jeunes, misérables et demi-nues, encombraient le pont du François I er . C’est aux femmes que sont dévolues, à Mohacs, les fonctions viriles de portefaix ; le chargement de charbon nécessaire pour la seconde journée fut bientôt voituré à bord par cent brouettes, qu'elles menaient avec la plus bruyante activité. Ces malheureuses, dans leur costume très-sommaire et par trop écourté, ne laissaient pas que d'offrir un caractère original dans leur tournure singulièrement décidée. Les hommes, qui restaient spectateurs tranquilles de la rude corvée réservée aux femmes, portent le même ajustement large et aisé, et le même chapeau dont nous avons déjà parlé. (83) Il ne relève pas de notre tâche d’étudier l’origine de cette situation, ni celle des femmes présentées. On concentrera plutôt sur les traits qui ont dû

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