AGAPES FRANCOPHONES 2017

SZÁSZ Géza Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 276 pratiquement de tout : comportement dans la société, scènes de pitié, différences sociales, travail des femmes. Le seul fait qui peut déranger réside dans la (re)présentation de la femme en général en tant que conjointe de l’homme. Ce qui veut dire que la figure apparaît mais ne parle pas, et agit encore moins. Ce sont en général des phrases de type « hommes accompagnés de leurs femmes » ou l’inverse. On remarque cependant une certaine volonté de montrer ou illustrer le statut de la femme. Ces tentatives peuvent aboutir à la présentation des inégalités (par exemple au sujet des travailleurs agricoles chez qui le salaire journalier de la femme est plus bas que celui de l’homme, ou bien des femmes aristocrates, élégantes et consultant les journaux de la mode parisiens). Les rares scènes où la femme parle ou agit réellement, ont lieu dans un milieu particulier, échappant en général aux voyageurs dont les haltes se faisaient plutôt dans les villes. Marmier, invité par le seigneur local, se rend dans un village des environs de Pest. Cette excursion lui fournit aussi l’occasion de parler agriculture, situation des nobles appauvris, et de devenir témoin de scènes qui nous illustrent les réalités sociales de campagne hongroise d’avant 1848, et contiennent quelques informations sur le statut des Hongroises. Il a été déjà noté le travail physique mal payé que la Hongroise de bas statut social était tenue de faire pour subsister. La précarité se traduit à travers un geste de revendication controversé : Souvent il arrive que l’argent manque au château et qu’on ne peut pas même payer une journée de paysan, d’ouvrier si misérablement rétribué. J’ai vu un dimanche matin une vingtaine de pauvres femmes, de jeunes filles se presser à la porte de M. D.... pour recevoir le salaire de leur semaine. Elles arrivaient là avec la crainte d’être renvoyées à quelque autre jour ; et quand elles tenaient entre leurs mains l’argent qu’elles avaient gagné à la sueur de leur front, elles se retiraient avec une joie qui me faisait mal, car cette joie révélait tout le prix qu’elles attachaient à ces quelques kreuzers 12 , et toute l’anxiété qu’elles avaient éprouvée. Les hommes vinrent ensuite avec leurs longs cheveux enduits de graisse de lard... (196-197) Le deuxième témoignage rapporte une séance de punition corporelle (dans le même village). Un jeune jardinier a été condamné à des coups de bâton pour avoir manqué de respect à son maître. Le châtiment fait, suit la scène de pitié. Cette fois, la femme parle, mais n’agit pas : Au premier coup, le jardinier leva la tête avec une vive douleur, mais sans proférer un cri ; au second, les larmes s’échappèrent de ses yeux. L’exécution achevée, il mit les mains sur son visage et s’enfuit dans une remise comme pour se dérober à tous les regards. Les spectateurs le plaignaient et n’osaient cependant manifester tout haut leur pensée. J’allai vers lui, je le trouvai versant des pleurs de rage et de honte, et je lui remis une pièce de monnaie en essayant de le consoler. Au même instant j’entendis une femme s’écrier : « Tenez, voilà un étranger qui prend pitié de nous, tandis que nos maîtres nous maltraitent ! » Un vieillard s’approcha de moi, et sans dire un mot, me prit les mains et les porta à ses lèvres. C’était le père du pauvre jardinier. (199) 12 Monnaie de basse valeur, frappée en cuivre.

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