AGAPES FRANCOPHONES 2017

SZILÁGYI Ildikó Université de Debrecen, Hongrie _____________________________________________________________ 282 interligne bien plus large que les blancs interlinéaires précédents, renforçant par ce moyen l’effet de sens du syntagme. (Le titre du livre est écrit avec minuscule, tout comme celui du recueil l’ajour .) entré dans la langue, tu te découvres d’un mot à l’autre toi-même interstice élargi (12) Dans l’exemple suivant le haut de la page, occupé par un très large blanc, prépare l’apparition du mot « Rien », décalé à la marge droite. Il en est en quelque sorte l’équivalent visuel, puisqu’il renvoie au néant. Mais le mot « Rien » n’est pas rien, c’est une tache noire qui se détache sur le fond blanc. (Il est difficile de reproduire la mise en page originale des poèmes sans trahison. Par commodité, on indique les blancs introduits à l’intérieur des lignes par le mot « blanc » mis entre crochets.) Rien, aujourd’hui, n’est foulé. [blanc] Je ne subsiste pas dans l’air nu. Sur cette route qui grandit. (Dans la chaleur vacante 46) Les poèmes écrits en « segments de phrases qui sont tantôt cadrés à gauche, à droite ou justifiés » (Bourassa 1993, 293) s’inscrivent dans la poésie vers-libriste, même si les blancs intralinéaires mettent en danger la perception de l’unité de la ligne, l’élément fondamental du vers libre qui permet de le différencier de la prose. Une autre disposition fréquente dans les recueils de Du Bouchet est « le poème versifié », « écrit en colonnes de courts vers » (292-293). Les vers (de une à quelques syllabes) y sont alignés à la marge gauche et ils sont séparés par des interlignes larges. Ces blancs horizontaux correspondent à une ligne vide. De cette manière, entre les vers s’installe une longue pause, un silence, suivi d’une reprise. Le lecteur doit attendre avant de lire les mots suivants, il est invité à faire plus attention à leur sens et à leur sonorité. Je sors dans la chambre comme si j’étais dehors parmi des meubles immobiles dans la chaleur qui tremble toute seule hors de son feu il n’y a toujours

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