AGAPES FRANCOPHONES 2017
SZILÁGYI Ildikó Université de Debrecen, Hongrie _____________________________________________________________ 284 Même dans la page : la réponse supposée par la ligne, les déplacements, les formats Quelque chose va sortir [blanc] du silence, de la ponctuation, du blanc [blanc] remonter jusqu’à moi (Quelque chose noir, « Dialogue », 1986, 124) L’emploi très particulier des signes de ponctuation (l’absence fréquente de points finals ou au contraire la surabondance des virgules, des parenthèses, la présence des points à l’intérieur de la phrase), ainsi que la mise en page aérée par des blancs sont des marques distinctives de sa poésie. Roubaud « aménage sans cesse l’espace de la page, en recourant au blanc de manière quasi-picturale » (Montémont 2004, 53). Lorsque le blanc s’ajoute au blanc, ils peuvent former de véritables dessins. Loin d’être un simple vide, le blanc a chez le poète une réalité physique s’opposant au noir : « mon premier axiome blanc contre noir » ( ∈ , 1967, 36). Dans son premier recueil (d’où l’exemple précédent est tiré), Roubaud (83) n’hésite pas à dessiner sur la page, à l’aide des blancs, des figures géométriques (un dodécagone par exemple). Au début du livre, l’auteur donne la définition des signes ou symboles utilisés à commencer par le titre du recueil qui est un signe mathématique « figurant dans la relation d’appartenance » « en théorie des ensembles » (11). Les innovations typographiques de Roubaud « sont en mesure de construire un nouveau type de rapport à l’espace, mathématisé ou non » (Montémont 2004, 68). Ce rapport est présenté à la fois thématiquement et visuellement. L’espacement interne (le blanc typographique sépare des unités sur une même ligne), dont on peut découvrir quelques exemples dans les recueils de Du Bouchet aussi, devient un outil typographique fréquemment utilisé par Roubaud. Il peut jouer un rôle « métrique » : au lieu du passage à la ligne comme dans la poésie traditionnelle, c’est le blanc qui permet d’identifier les vers. je ne risque pas de silences [blanc] je n’oppose que des paroles plates comme des vitres que les pluies rincent [blanc] et j’ai du goût pour le soir j’ai de l’indulgence pour l’aube [blanc] il n’y a rien jamais à lire dans ma main. (Signe d’appartenance 18) C’est le deuxième paragraphe d’un sonnet en prose, se composant de quatre paragraphes qui correspondent aux quatre strophes du modèle standard. Les deux premiers paragraphes sont de dimensions plus importantes que les deux derniers (évoquant, par analogie, les deux quatrains et les deux tercets). Il paraît que dans la poésie contemporaine le seul critère de la typographie assure l’identification des sonnets (en prose). Les blancs qui séparent des syntagmes ou groupes de mots sur des lignes peu ounon ponctuées peuvent éventuellement remplir la fonction de signes de ponctuation (celle d’une virgule ou d’un point). Le recueil « Quelque chose noir »
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