AGAPES FRANCOPHONES 2017
Quand dire c’est taire : une lecture postcoloniale de la temporalité narrative dans deux romans francophones Donald VESSAH NGOU Université de Yaoundé I, Cameroun Résumé. L’article cerne le silence sous les aspects tant diégétique que verbal du texte, afin d’en scruter la force sémiotique. Fort retentissants, les mutismes dans le corpus prennent en charge une interprétation peu élogieuse du vécu socio-politique des peuples noirs et cimentent, au fil des récits, une collaboration interprétative et énonciative avec le lecteur. Abstract. In order to explore the semiotic potential of silence in the text, we look into the narrative and verbal aspects of the latter. It appears that variants of silence show a very pitiful socio-political condition of the African states. As far as the reading experience is concerned, these gaps consolidate an interpretative and enunciative collaboration with the reader. Mots clés : temporalité, participation interprétative, rythme narratif Key words: temporality, interpretative cooperation, narrative rhythm Selon Thomas Mann, que cite Ricœur (1984, 115), raconter c’est mettre de côté, c’est-à-dire à la fois élire et exclure. En effet, toute narration est sélection dans un fonds, dont les éléments montrés ne constituent qu’un pôle d’opposition par rapport à ce qui est tu. Se pose alors le problème général de la thématisation de l’absence : absence de quoi ? Toujours est-il que ces deux pôles d’opposition, structuralisme oblige, ne peuvent s’apprécier que dans un système avec son ordre et sa logique propres. Et, pour l’analyse littéraire, chaque univers du récit , « chaque texte dans ses rapports intertextuels modulés avec la globalité du corpus d’étude constitue la réserve mentale propice » où on élucide les oppositions entre histoire racontée et histoire tue (Vessah 2013, 2016). Mais cette logique, pour immanentiste qu’elle puisse s’imposer, ne saurait résister au principe du double fonctionnement sémiotique du texte littéraire, et donc s’opérer sans mise en relation de l’univers dépeint avec la réalité hors fiction. C’est au nom de cet aspect mimétique du récit et de sa double valeur que l’on indexe la portée postcoloniale du corpus d’étude sur le référentiel des sociétés francophones d’Afrique noire dont sont issus les textes. Si l’on entend le postcolonial non pas comme un après le colonialisme, mais comme un depuis le colonialisme, notre corpus se veut une mise en abyme des étapes politiques sur le continent, de la colonisation aux situations politiques actuelles. L’on opte de ce fait pour les romans suivants, en vertu de leur teneur en examen du vécu politique du continent : La Vie et demie de Sony Labou Tansi 1 et Les Écailles du ciel de Tierno Monénembo 2 . Ce mince échantillon nous permettra d’apprécier quelques enjeux et modalités de présence du (pseudo) silence en texte. Au fait, la temporalité narrative désigne la configuration séquentielle du texte dans ses relations entre sa pratique énonciative par une source (narration), le 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (LVD), suivi du numéro de la page. 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (EC), suivi du numéro de la page.
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