AGAPES FRANCOPHONES 2017

Donald VESSAH NGOU Université de Yaoundé I, Cameroun _____________________________________________________________ 312 produit narré (récit) et l’objet dont ce contenu se veut une représentation (histoire). C’est cette manière dont [le texte] donne à voir des situations comme stables, évolutives, bornées, … et saisissables à des moments, selon une certaine chronologie, reconstruite ou donnée. C’est aussi une manière de présenter les situations comme situées dans un registre de l’asserté, de l’hypothétique, du possible,… et, à nouveau de les relier entre elles. (Battistelli 2009, 23) Loin donc de se limiter au simple aspect grammatical du verbe, la temporalité narrative intègre bien la catégorie prédicat-action-actants. Par ailleurs, l’histoire, au sens où l’entend Benveniste, écarte l’incident même qui fait l’objet de l’énonciation, pourtant c’est par rapport à lui que se situe, sur le plan calendaire, thématique ou hiérarchique, le produit signifiant. D’où les questions suivantes : en quoi les structures narratives encodent-elles des échelles de valeurs du genre important/dérisoire, probable/improbable, durable/ instable, etc. ? Comment est-ce que, tout en taisant, ou en feignant de taire des faits, le narrateur parvient-il, au fil du récit, à consolider avec le lecteur attentionné une participation interprétative et énonciative des lacunes textuelles ? Au plan thématique, quels types de faits tendent à être omis et selon quels motifs récurrents ? L’on s’intéressera aux questions de durée, d’ordre et d’aspect développées par Genette, cette dernière catégorie étant reconnue par le théoricien comme l’équivalent courant de ce qu’il nomme fréquence narrative (1972, 145). Mais nous préférons le paradigme d’aspect en vertu de sa capacité à intégrer des catégories autres que le seul itératif. Cela aura aussi l’avantage de permettre une fusion plus profonde des approches grammaticales et locales du verbe dans une sémiotique globale du récit. 1. La durée : entre vide énonciatif et vide diégétique La durée épouse la temporalité du point de vue des liens entre le temps du récit (TR), converti en mesure textuelle et évalué en lignes, paragraphes, pages, avec celui de l’histoire racontée (TH), mesuré en secondes, minutes, heures, jours, mois, années. 1.1. Le sommaire C’est un récit condensé. Mathématiquement, il induit une formule du genre TR < TH. Dans le corpus, les sommaires cèlent à leur manière maintes manœuvres politiques malhonnêtes. À cet égard, La Vie et demie de Sony Labou Tansi présente une histoire fort compactée, qui s’étend sur maintes générations ; soit très schématiquement plusieurs postérités narrées en 192 pages. Mais cette condensation se dessine progressivement. Du début du texte à la page 83, nous est conté le règne du Guide Providentiel. À ce dernier succède Henri-au-Cœur-Tendre, dont le pouvoir est relaté de la page 83 à la page 125 ( soit 42 pages) ; celui de Jean-Oscar-Cœur- de-père, des pages 126 à 142 (soit 16 pages) ; celui de Jean-cœur-de-Pierre, pages 144-157 (soit 13 pages), la page 143 étant consacrée aux hommages nationaux du défunt chef ; celui de Jean-sans-Cœur, pages 157-159 (soit 3 pages) ; celui de Mallot-l’Enfant-du-Tigre, pages 170-174 (soit 5 pages), les pages 160-170

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