AGAPES FRANCOPHONES 2017

Donald VESSAH NGOU Université de Yaoundé I, Cameroun _____________________________________________________________ 314 On voit que la proportion des 180 mois pour 910 lignes chez Ndourou- Wembîdo est inférieure aux 7 mois pour 13 lignes de Karimou, ce qui signifie que le règne du second est moins condensé que celui du premier, mais infiniment plus condensé que celui du troisième, du quatrième, etc. On aboutit, à partir du second règne, à une compression linéaire clairement flagrante des pouvoirs. C’est que la fulgurance des gouvernements et de leur succession sans logique ne permet au narrateur aucune lucidité pour suivre le cours des événements. C’est d’ailleurs cet inconfort qu’il manifeste par les gloses du genre : « je ne puis me rappeler certains détails ; les règnes hebdomadaires – certains furent horaires – se mirent à apparaître et à disparaître à la cadence d’un dessin animé ; les règnes des présidents proliféraient comme des générations de mouche » ([1]). Voici des extraits qui relatent tous en quelques lignes comment un tel accède au pouvoir. Ce n’est plus la relation TR/TH qui importe, mais les vides étonnants sur de tels processus. [2] Le guide Henri-au-Cœur-Tendre [se mit à parler] une langue que personne ne comprenait, jusqu’au soir de son assassinat dans un asile après les six ans, quatre mois, deux semaines et un jour de règne […]. Ce fut Kakara-Mouchata, [son] quart de frère qui l’assassina à l’asile, mit le meurtre au compte du colonel Kapitchianti qu’il fit fusiller […] avant de prendre la radio nationale et le nom de règne de Jean-Oscar-Cœur-de- Père. ( LVD , 125-126) [3] Le Guide Felix-le-Tropical [attendait] que la puissance étrangère trouve un type totalement tropical. Le choix avait vacillé entre un certain Mesdicani et un cousin du Maréchal, appelé Souprouta. Mesdicani fut assassiné après huit semaines d’essai de pouvoir, et Souprouta prit le nom de règne de Mallot-l’Enfant-du-Tigre. Mesdicani s’était montré très sage et trop intelligent pour être tropical. Il avait même parlé de rapatrier […] les soldats de la puissance étrangère […] qui mettaient leur nez dans les affaires de la Katamalanasie […]. — Ce con parle trop. — Ce cancre va trop loin. — Quand même. Comme il aimait les femmes et les vins, on n’alla pas chercher très loin : il mourut officiellement dans un accident d’auto entre Felix-Ville et Yourma- la-Neuve. (LVD, 170) En [2] et en bien d’autres extraits, la minutie du temps épargne au conteur des récits qu’il veut faire passer pour superflus ( les six ans, quatre mois, deux semaines et un jour de règne ). C’est un procédé de dérision cher au Congolais. Les dirigeants, qui se veulent éternels au pouvoir, voient leurs vies anéanties et leur seigneurie chiffrée en jours (voire en heures) par une instance humaine qui, de toute évidence, manifeste plus de longévité qu’eux. L’on peut relever au passage, dans ces récits, l’implication des anciennes colonies dans les désordres politiques. Ces États opèrent comme adjuvants et sujets destinateurs par excellence dans les prises de pouvoir illégales, dont l’impact textuel direct est un récit accéléré. Toute allusion à quelque opposition ou résistance est absente, tellement les forces sont écrasantes. C’est ce qu’illustre [3]. Dans « on n’alla pas chercher très loin : il mourut officiellement dans un accident d’auto », les deux points permettent une économie langagière et produisent un effet d’évidence sur les causes évoquées. De même, l’adverbe

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