AGAPES FRANCOPHONES 2017

Donald VESSAH NGOU Université de Yaoundé I, Cameroun _____________________________________________________________ 316 1978, 237). Elle permet une absence à l’extérieur et, de fait, justifie une lacune narrative. Ce n’est pas un hasard si les ellipses les plus importantes du roman (v. aussi p. 150-151) sont rendues possibles par un séjour d’incarcération plus ou moins long de ceux dont l’appréciation de l’extérieur après des années d’absence nous est proposée. Genette nomme paralipse ce genre de manquements qui ne portent pas tant sur la valeur temporelle de l’histoire tue que sur le vide diégétique en soi. Il s’agit de « l’omission de telle action ou pensée importante […] que le narrateur choisit de dissimuler au lecteur » (Genette 1972, 211-212). Or, si nous convenons que ce sont les scènes inouïes qui sont susceptibles d’être rapportées, et les scènes banales d’être exclues, on est en droit de prêter attention à ce que les auteurs, par des omissions frappantes, veulent présenter comme des temps morts et donc comme des clichés dans les univers dépeints. Chez Monénembo, ce procédé consiste à passer immédiatement d’un fait répressif à ses conséquences : [6] [Ndourou-Wembîdo] raccompagna Bandiougou jusqu’au perron, […] lui donna une chaleureuse accolade et lui dit : « Au revoir frère » en le regardant de ses yeux clairs et veloutés. → Un bataillon de militaires parés au combat cueillit la manifestation. La fusillade commença place de l’Indépendance, le lieu même que la foule avait choisi comme point de ralliement. Les blessés furent pourchassés et achevés jusque dans l’enceinte des établissements scolaires. Du sang dans tout le centre de Djimméyabé, à croire que les habitants de la ville s’étaient accordés à y sacrifier des poulets… (EC, 148-149) Le vide narratif de [6] est d’autant plus retentissant qu’il surgit à cheval entre deux mésosctructures clés du texte : les chapitres. Il occulte le lien logique entre l’entretien du président avec son acolyte de l’Éducation et la manœuvre sanglante qui ouvre le chapitre suivant. En fait, Bandiougou soutient la grève des enseignants et vient faire part à son ami, le Président, des raisons de son choix. Ce dernier n’affiche aucune objection. Nul indice sur sa décision ou sur la préparation des policiers au massacre n’est livré ; d’où l’inconséquence apparente des sévices. C’est l’hypocrisie du dirigeant, ainsi que l’aisance sicaire de son autorité, qui sont dits avec fracas par le silence. De tels hiatus sont légion chez les auteurs, qui se passent/se lassent volontiers d’évoquer les ressorts des expiations. 2. L’aspect L’aspect renvoie à l’angle sous lequel le procès du verbe est montré ; c’est « la manière dont s’exprime le déroulement, la progression, l’accomplissement de l’action » (Grevisse 1986, 1162). Malgré les multiples catégories de l’aspect, nous nous limiterons à l’accompli et à l’itératif qui en disent long sur la signification des silences en texte. 2.1. L’accompli Cette catégorie saisit le procès au-delà de son terme, comme déjà réalisé ou achevé. Sur le plan sémiotique du récit, il omet de présenter le faire pour envisager directement le fait , la performance :

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