AGAPES FRANCOPHONES 2017
Andreea-Mădălina VOICU Lycée Constantin Brâncoveanu , Horezu/ Membre associée CELIS _____________________________________________________________ 326 d’emploi, et la liste des femmes qui voudraient travailler pour Mme Lemarchand est bien longue. Pourtant, la décision est prise et elle est définitive : « J’aime déjà Hilda telle qu’elle est et telle qu’elle va m’arriver demain. Pourvu qu’elle soit aussi belle qu’on le dit, Franck. […] Hilda. Je parlerai à Hilda demain. » (H 18-19) Les rencontres suivantes entre la patronne et le mari viennent compléter le portrait de la jeune femme et ponctuer discrètement les changements instillés par son travail. La beauté d’Hilda est appréciée par Mme Lemarchand : Mme Lemarchand : […] La parfaite minceur d’Hilda, sa charmante petite taille, ses dents magnifiques, presque opalescentes à force d’être saines, je suis comblée par la beauté d’Hilda. Je craignais qu’elle n’ait le visage un peu étroit, les traits trop délicats, un tout petit nez un peu mignard, mais non, Franck, le visage d’Hilda est large et puissant, et ses yeux sont grands, ses joues pleines, sa bouche immense. (H 38-39) Cependant, tout en proclamant son appréciation pour son employée, Mme Lemarchand entreprend de la transformer. Son « désir sincère, généreux, gratuit » (H 31) de raffiner Hilda, issu de ses convictions politiques, l’amène à lui couper les cheveux, à lui donner des douches, à lui faire revêtir des vêtements plus convenables. L’aide désintéressée devient une forme voilée de possession, comme lors d’un jeu cruel d’enfants. La femme de ménage se métamorphose en une poupée pour sa maîtresse qui s’ingénie à la rendre séduisante et parfaite : Mme Lemarchand : Hilda porte un petit cache-cœur beige et une jupe plissée beige […]. Hilda est charmante, charmante, propre, nette, et ses beaux cheveux merveilleusement coupés par mes soins. […] Franck, Hilda est encore plus belle qu’avant car elle ressemble, ainsi, tout à fait à un page. (H 58) Le choix du mot page ne saurait pas être anodin et rappelle la différence de position sociale qui existe entre les deux femmes, malgré les beaux discours égalitaires. Côté caractère, au début, « Hilda [la] déçoit passablement » (H 28). Elle accomplit ses tâches à merveille, mais refuse l’amitié que lui offre son employeuse. Sa froideur scandalise Mme Lemarchand qui avait espéré inculquer les préceptes socialistes à sa femme de ménage. Toutefois, la volonté de la dame riche sera plus forte que celle d’Hilda ou que les protestations, assez faibles, de Franck : Mme Lemarchand : [J]e ne vous dirai plus qu’une chose à propos d’Hilda : je la garde. Franck : Merde alors. C’est ma femme. Mme Lemarchand : C’est la mienne. Ma femme de service. Je la garderai toujours, Franck, et de la façon qui me convient. Hilda ne me résistera pas. Elle est raisonnable, froide, calculatrice. (H 41) Hilda en effet ne pourra pas résister à sa formidable patronne puisqu’elle « connaît son devoir et sait l’argent qu’ils [lui] doivent » (H 77). Les marchandages de Franck et ses propres pensées, telles qu’elles sont prononcées
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