AGAPES FRANCOPHONES 2017

Andreea-Mădălina VOICU Lycée Constantin Brâncoveanu , Horezu/ Membre associée CELIS _____________________________________________________________ 328 Mme Diss : Retrouve le père de mon fils et va chez lui. C’est le même nom. Force sa porte. Il me semble qu’il avait… oui… un visage de loup, pointu, les yeux étroits… France : Comme lui . 7 (LS 91) Il faut en outre souligner que l’homme n’est pas complètement silencieux. Si Hilda n’est qu’une silhouette aperçue de loin, le fils de Madame Diss n’est qu’une « voix d’homme criant depuis la maison » (LS 51). Complètement invisible, il incarne un cri qui contrôle les mouvements et même les vies de ceux qui sont visibles. Le seul mot qu’il prononce est le nom de France, mais le ton de sa voix inquiète également les deux autres femmes : Nancy : Il l’appelle alors qu’elle est dedans. Mme Diss : Comme si c’était toi ou moi qu’il appelait, en se trompant de prénom, de rôle et de position. (LS 51) Pièce après pièce, le traitement du personnage silencieux et invisible s’affine. L’apogée a lieu avec la présentation de la fille de Djamila, dans Rien d’humain . Son être est furtif, son existence douteuse, alors qu’elle est censée être sur scène au moins une fois. Elle présente toutefois des points communs avec les autres figures imperceptibles. Tout comme le père de Jacky, cette enfant anonyme se trouve enfermée dans un intérieur, celui de l’appartement que se disputent deux anciennes amies. Et comme lui, elle garde ce dedans de toute menace extérieure ; ce n’est cependant pas la voracité qui la caractérise, mais « la légèreté » (RH 20) : « Elle est pareille, m’a […] dit [Djamila], à une plume de duvet, à un soupir » (RH 20). Ce côté éthéré fait songer à la finesse des membres d’Hilda devenue la marionnette de sa patronne. La silhouette est stylisée, le cri est adouci en même temps que le sentiment de déshumanisation est aiguisé. La fille de Djamila est plus menaçante que l’homme vorace de la pièce Les Serpents , sans recourir à la violence ni aux cris impérieux. Sa simple présence suffit pour que sa mère protège ses biens : Djamila : Ma fille vient. Bella : Où, ta fille ? Qui, ta fille ? Silence. (Avec gêne.) Il fait froid. Il souffle quelque chose de froid. […] Je ravale mes mots, mon amie. Mon amie. Pardonne-nous. ( Gêne.) Comme il fait froid, n’est-ce pas ? Autour de moi seulement ? (RH 29-30) Le corps de l’enfant restera invisible. Bella bat en retraite, s’excuse, alors qu’elle était décidée à récupérer son appartement. Face à la curiosité d’Ignace, la jeune femme répond d’abord vaguement, avant de lui avouer que « [l’enfant] a le 7 Nous soulignons.

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