AGAPES FRANCOPHONES 2017

Frederica ZEPHIR Université de Nice-Sophia Antipolis, France _____________________________________________________________ 338 d’abuser le prolétariat international comme Istrati en avertit Rolland dans une de ses lettres: Je ne comprends pas comment vous pouvez reprendre le refrain de l’Huma 3 au sujet des "armes" que je donne aux ennemis de l’URSS [...] quand vous savez bien [...] que la pourriture s’étale en plein jour [...] Seule la classe ouvrière de l’Internationale l’ignore. Elle seule est trompée, amadouée et ameutée. (Istrati-Rolland 1989, 333) Désinformation, mensonge, silence tels étaient donc les éléments, caractéristiques de l’état totalitaire, qu’Istrati découvrait progressivement au cours de son périple en URSS et dont il voit dans l’attitude de Maxime Gorki la scandaleuse illustration. Prolétaire comme lui, sorti des bas-fonds mais critique sévère du bolchévisme au temps de la Révolution, Istrati attendait en effet de cette personnalité morale respectée qu’elle dénonçât aux yeux du monde la dérive du régime et son silence fut pour lui la suprême désillusion. Il exprime ainsi sa déception dans l’introduction à Vers l’autre flamme : Depuis mon départ de Russie et jusqu’à la publication de ces lignes, neuf mois auront passé. Il m’eût été facile de faire paraître ce livre six semaines après mon retour à Paris. Je ne l’ai pas fait. Je gardais quelques espoirs, et surtout celui d’entendre tonner la grande voix de Maxime Gorki. (Istrati 2006, 479) Et, faisant référence à sa rencontre avec celui-ci le 28 mai 1928, il ajoute: À Moscou [...] pendant trois heures passées dans son intimité, il n’a pas voulu parler [...]. Mais ce que Gorki ne me devait pas, à moi, il le doit au monde qui l’estime. (Istrati 2006, 479) concluant son propos par ce pronostic impitoyable: Car il viendra, le jour où les vaincus auront voix au chapitre par-dessus toutes les classes, et ce jour-là, des voix terribles interrogeront Maxime Gorki, qui ne pourra plus répondre, pour le malheur de sa mémoire. (Istrati 2006, 480) Quant à Victor Serge, tentant d’analyser dans le tome II de Vers l’autre flamme , ce qu’il appelle « la tragédie de Gorki », il écrit: « La parole vivante, qu’on attendait de lui dans ce pays [...] ne vint pas. » (Istrati 1929, 199) 3. La parole testimoniale d’Istrati Détenteur d’une connaissance approfondie de la réalité soviétique que très peu effectivement possédaient à cette époque, Istrati se trouvait dès lors confronté à l’épineuse question de la révélation de la vérité. Prolétaire authentique malgré sa notoriété littéraire, proche depuis toujours de l’idéal prôné par le marxisme, communiste de cœur, Istrati pouvait-il, devait-il dévoiler les dérives de la Révolution, au double risque de saper l’espoir du prolétariat 3 L'Humanité , journal communiste français.

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=