AGAPES FRANCOPHONES 2017

Alla ZHUK Université de Picardie – Jules Verne, France _____________________________________________________________ 344 de Georges Perec, à savoir Les Choses 1 (1965), Un homme qui dort 2 (1967) . Le choix de ces textes s’explique par leur caractère relativement homogène par rapport aux autres textes perecquiens. Les deux romans se basent principalement sur la réécriture des textes, L’éducation sentimentale de Flaubert pour Les Choses et Bartleby le scribe de Melville pour Un homme qui dort. En outre, dans les deux romans nous retrouvons le discours sur les changements du comportement social qui font traiter la réticence en tant qu’une nouvelle logique communicative et stratégie comportementale. Sociétés silencieuses. Des stratégies communicatives dans Les Choses. Commençons par ce qui est le plus visible (ou plutôt perceptible) pour le lecteur – le silence vu (par le lecteur) ainsi que le silence subi et/ou entendu (par les personnages). Les Choses portent sur le quotidien de ce qu’est devenue la petite bourgeoisie à l’époque moderne. L’exclusion, y compris l’exclusion linguistique, fait partie intégrante de la vie des personnages, Jérôme et Sylvie. Un homme qui dort est une œuvre marquée par « la désespoir blanc » (Burgelin 1988, 59) du sujet parlant . L’absence de parole prononcée est intrinsèque au modèle de conduite adopté par le personnage anonyme du roman . Les personnages des romans étudiés sont privés d’une forte individualité et semblent ainsi se dissoudre, non pas se former au cours de la lecture. Les romans en question nous laissent observer plusieurs types d’interactions entre les personnages : celle du couple dans Les Choses et le discours du « silence à deux voix » (Mizzau 1987, 41-53) (a) ; celle entre le(s) personnage(s) et un groupe social comme dans Les Choses, Un homme qui dort (b). Nous avançons l’hypothèse selon laquelle le silence des personnages des romans mentionnés est de nature psychosomatique. Nous associons le silence des personnages au mutisme en tant que « comportement silencieux de quelqu’un ou absence d’expression verbale, en particulier d’origine psychiatrique » (Larousse en ligne). Parmi les formes de mutisme on distingue l’aphasie, l’incapacité physique de parler et de rester volontairement ou involontairement muet. Chez les personnages de Les Choses et d’ Un homme qui dort il ne s’agit pas de la nature physique du mutisme sélectif aussi bien que complet, il n’y a pas de problème avec leurs organes phonatoires. Il nous faut donc considérer les manifestations du mutisme, des troubles de la parole ou la perte du langage comme les éléments supplémentaires de la construction des personnages et de l’univers fictionnel des romans. Le silence devient une marque pesante de l’expulsion sociale dans Les Choses. Publié en 1965 (travaillé depuis 1961), le roman raconte l’histoire d’un couple dans les années soixante. Le roman se compose de 2 parties dont la première porte sur la vie du couple à Paris et la deuxième concerne leur vie à Sfax. Dans ce roman, comme dans Un homme qui dort , le nom propre devient porteur de la perte de l'individualité : Sylvie et Jérôme ne sont nommés qu’à la fin du II e chapitre sans qu’on leur accorde plus d’importance. Tout au long du roman ils se dissolvent graduellement jusqu’à ce que l’épilogue les prive définitivement de personnalité : « – Et si nous revenions, dira l’un. – Tout 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (LC), suivi du numéro de la page 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (UHQD), suivi du numéro de la page.

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