AGAPES FRANCOPHONES 2017
Les noms d’humains généraux « passés sous silence » : du français vers le bulgare _____________________________________________________________ 369 Si on regarde de plus près les traductions en bulgare des trois exemples, en (13) il s’agit de l’emploi nominal de l’adjectif zdrav (sain), en (15) de celui du participe passé zasegnat (touché), et en 14 la relative correspond au participe passé poznat (connu) qui a aussi un emploi adjectival lequel donne lieu à un nom d’humain équivalant à connaissance (=personne que l’on connaît) – d’où la possibilité de se passer d’un NHG support. Ces exemples montrent de façon générale que si, dans une langue donnée, une unité adjectivale (ou similaire) ne peut pas devenir nom (d’humain) – la détermination n’aidant pas –,on est obligés de passer par un NHG lequel ne fera qu’expliciter le support de cette unité adjectivale, sans apporter « plus de sens » que si la conversion était possible. Dans nos exemples, sain et touché sont difficilement envisageables sans le NHG, alors que l’emploi de leurs équivalents bulgares en tant que noms d’humains ne pose aucun problème 9 . Le recours à un NHG comble donc les lacunes de la conversion : par exemple, que ce soit en français ou en bulgare, on n’a pas * un stupide (alors qu’on a un riche ), et si on veut désigner un être humain directement par cette qualité (auquel cas on aura besoin d’un SN), les NHG rendront cela possible 10 : (22) N’essayez pas d’expliquer à des*(gens/personnes) stupides les règles de conduite. Kupferman(1991, 61) remarque à juste titre que la substantivation d’un grand nombre d’adjectifs ( intelligent , mince, ivre, nu… ) est impossible, que ce soit dans une position prédicative (23) ou référentielle (24) : (23) a. *Max est un mince. b. *Léa est une nue (24) a. *Un mince regardait la vitrine. b. *Une nue était entrée dans la pièce. Cela indique, selon lui, que ces adjectifs « ne réfèrent pas directement à des classes de particuliers, mais à des notions (propriétés ou états) ». Or, il n’y a pas d’obstacle, du moins pour les adjectifs IL (cf. les exemples a. ci-dessus), de constituer des classes référentielles d’humains : il faut juste ajouter un NHG approprié (un homme mince). Par contre pour les SL, du moins pour ce qui est de la position prédicative, cela ne va pas de soi : il faut qu’une lecture IL soit disponible (comme c’est le cas de triste en 21 mais pas de nue en 23 b.). 9 Il est vrai que dans la traduction bulgare de (15) zasegnati (touchés) reçoit un complément d’agent, ce qui n’est pas le cas dans l’énoncé français. Mais ajouter un CDA dans celui-ci ne rendra pas pour autant possible l’emploi « nominal » de touchés ; une petite recherche sur Google le confirme : les personnes touchées par les événements (72500 occur.)/ les touchés par les événements (0 occur.). L’usage d’un CDA avec zasegnati en bulgare plaidera d’ailleurs pour l’analyse GN sans nom , car un nom « véritable » ne peut pas prendre des compléments verbaux. 10 Cela vaut à plus forte raison pour des constituants qui ne peuvent jamais être nominalisés tels quels, comme les relatives (cf. ex. 9 supra). Ces cas soulèvent par ailleurs la question du parallélisme entre NHG et pronoms (déjà évoquée en I. C.) dans leur rôle de support d’une modification.
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