AGAPES FRANCOPHONES 2017

Les noms d’humains généraux « passés sous silence » : du français vers le bulgare _____________________________________________________________ 371 beaucoup , en français, peut être utilisé comme référant à un être humain « par défaut » ( beaucoup pensent que…), ce que ne peut faire son équivalent bulgare mnogo : il existe un pronom spécial pour cet emploi qui est mnozina « beaucoup de gens » (* mnogo / ok mnozina misliat, che…), et qui normalement ne peut pas être utilisé comme déterminant (même si on trouve sur la toile des choses comme mnozinahora : beaucoup de gens). Au niveau pragmatique/sémantique, on peut noter qu’en (27) l’effacement du NHG dans la traduction rend l’énoncé plus familier, ce qui peut s’accompagner d’un mépris par rapport à l’identité de l’être humain en question. Cela ne doit pas être extérieur au fait que cet énoncé est issu de notre sous- corpus SUB où il s’agit de dialogues entre personnages dans un film. 2.2. Déterminant numéral Pour le dénombrement des humains sans autre spécification, le français utilise surtout personne(s) (une, deux… personne(s)), alors qu’en bulgare il y a un lexème très particulier (toujours au pluriel), doushi (étymologiquement issu du N « âme »), qui n’a pas d’autre emploi qu’avec les numéraux (et se construit avec des quantifieurs comme quelques ) ; pour le nombre « un » on utilise chovek ( homme , dans le sens de personne ). Dans les exemples (30) et (31), c’est le NHG doushi qui a été effacé ; ces deux exemples se différencient de par le fait qu’en (30), le NHG personnes a déjà été mentionné dans le contexte antérieur 11 toujours en tant qu’unité de comptage 12 ; il aurait donc pu être effacé dans l’exemple français, comme l’a fait le traducteur bulgare en optant pour un DSN (déterminant sans nom). En revanche, en (31) il s’agit de la première occurrence de personne dans le fait divers raconté ; l’effacement de ce N ne semble pas possible dans ces conditions, le numéral deux , à la différence des indéfinis comme beaucoup , certains … ne pouvant pas accéder, du moins naturellement, à l’interprétation « humain par défaut » (quoique le prédicat de (31) sélectionne un argument humain). Et pourtant, dans la traduction bulgare il s’agit d’un DNS, sans doushi donc. L’explication tient au fait qu’en bulgare, les numéraux de 1 à 10 ont une flexion spéciale (- ma ou - ima : dva- ma ‘deux’, tri- ma ‘trois’…) 13 qui est +pluriel, +masculin (au moins 1 personne doit être de sexe masculin) et, ce qui est significatif pour nous, +humain. C’est cette forme qui est utilisée en (31) ce qui rend l’absence de la mention de doushi possible.D’ailleurs, comme le notent Cinque et Krapova (2007), la cooccurrence de ce numéral et de doushi rend le trait [+ humain] redondant, mais notons que l’usage de doushi est toujours lié au dénombrement pur et simple des êtres humains, comme quand on parle par exemple de la capacité de contenance d’un lieu ( samodvamadoushimogat da vliazat v tazikabina : seules deux personnes peuvent entrer dans cette cabine ), alors que l’emploi « pronominal » du numéral (du moins s’agissant de « deux »)peut s’affranchir de l’interprétation « unité de mesure ». Dans ce sens, on peut citer le titre d’une chanson bulgare qui est Svetat e zadvama (le monde est pour deux) où la présence de doushi serait malvenue car il ne s’agit pas de compter, mais de référer à la complémentarité de deux personnes qui s’aiment. 11 Non reproduit ici faute de place. 12 Nous empruntons ce terme à Mihatsch (2015b). 13 Cf. Pashov (1999), cité par Cinque et Krapova (2007).

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