AGAPES FRANCOPHONES 2017

Chaobin HUANG Université Sorbonne nouvelle-Paris 3, France _____________________________________________________________ 380 d’intensité du silence. Plus les mots sont entendus dans la conscience, moins la pensée est silencieuse. Ainsi, l’impression globale d’énonciations est plus silencieuse que leur représentation effective, et encore plus silencieuse est leur représentation vide. Par conséquent, les frontières entre la réalisation de l’acte d’énonciation et sa non-réalisation (soit le silence énonciatif) deviennent vagues de telle manière qu’il est difficile de déterminer le silence absolu dans le cadre du langage intérieur. Se parler, c’est se comprendre Quelles que soient les formes de représentation de mots dans la pensée, le caractère commun des voix intérieures est leur propriété de signifier. Les voix intérieures, douées de signification, fonctionnent comme expression , soit le signe expressif selon les termes de Husserl (1960, 40). Pour lui, les diverses formes de représentation sont« les supports d’actes de signification » (Husserl 1995, 34) depuis que même « les mots qui ne sont pas [d’objectivités sensibles] et qui n’apparaissent même pas effectivement, veulent dire quelque chose » ( ibid ). En se parlant, le sujet interprète ses propres voix comme expressions significatives. Par conséquent, se parler, c’est s’entendre parler et donc se comprendre , parce que « ce n’est pas l’oreille qui (l’)entend[la parole intérieure], c’est la conscience qui la connaît » (Egger 1881, 2). Dans la perspective énonciative, le s’entendre-parler suppose la non- coïncidence du sujet monologuant avec soi-même, d’où l’hétérogénéité de la voix intérieure. Définir le « monologue » comme « dialogue intériorisé », comme chez Benveniste, montre le fait que l’« insistance sur la nécessité dialogale apparaît précisément […] inséparable du fonctionnement dialogique de toute énonciation » (Chiss et Puech 1989, 10). Dans le cadre du langage intérieur, le rapport dialogique se réalise dans les différents supports de l’acte de signifier : les discours effectivement tenus, leur impression globale, leur représentation vide. C’est de ce point de vue que la voix intérieure sera étudiée en tant que voix discursive . L’opération du s’entendre-parler de la voix intérieure manifeste le rapport du locuteur avec soi-même, soit l’intrasubjectivité qui est « un cas parmi les cas d’intersubjectivité » (Culioli 2002, 195). Cette approche nous apporte un nouveau regard sur les discours intérieurs littéraires. C’est aussi dans ces derniers qui ont des formes d’énonciation complètes et grammaticales que nous observerons les marques discursives. Nous interpréterons l’hétérogénéité du langage intérieur à travers ces marques du dialogisme interne. La division de soi dans le langage intérieur se manifeste par l’auto-réception du discours propre au locuteur-personnage monologuant. Ainsi se manifestent « des rapports de dialogue à l’égard de notre propre énoncé pris dans son ensemble » (Bakhtine 1970, 215), soit le « dialogisme intralocutif » (Bres 2007, 53) ou l’« auto- dialogisme » (Authier-Revuz 2012, 151). 2. L’hétérogénéité des discours intérieurs littéraires et le non-dit discursif S’il est pris comme procédé de représentation littéraire, le discours direct mélange moins la voix du locuteur-personnage et celle du locuteur- narrateur que les autres formes de discours rapporté. Ainsi donne-t-il l’illusion d’accéder aux vraies voix intérieures propres au locuteur-personnage

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