AGAPES FRANCOPHONES 2017
L’hétérogénéité du langage intérieur : la construction d’ « un autre de soi » dans le silence/ _____________________________________________________________ 381 monologuant. Dans ce travail, nous nous appuyons principalement sur les discours intérieurs représentés au discours direct pour repérer les marques textuelles de l’auto-réception discursive. Le discours intérieur dans l’écrit Représenter le langage intérieur dans l’écrit, c’est donner une forme externe à l’imagination acoustique. Si nous avons proposé de nuancer sur le plan du langage intérieur l’opposition entre la présence et l’ absence des mots, elle semble se concrétiser davantage par les opérations discursives du dit et du non- dit dans l’écrit. Ainsi, ce qui n’est pas dit est un silence discursif au sens où« l’acte de la non-parole ne produit pas un énoncé linguistique, mais un vide textuel, un blanc , un manque qui fait partie intégrante de la composition et qui signifie autant ou plus que la parole actualisée » (Van Den Heuvel 1985, 67). Du point de vue discursif, le non-dit discursif est doué de sens aussi bien que le dit. Le locuteur peut se comprendre sans discours effectivement effectué dans son for intérieur, du fait que les différents supports de l’acte de signifier fonctionnent dans l’opération du s’entendre-parler ; de même, le non-dit comme le dit relèvent de l’auto-réception discursive dans les discours intérieurs littéraires. Par conséquent, l’opération discursive du non-dit permet de montrer le processus fluctuant du langage intérieur silencieux. Les ellipses Dans l’écriture de Mauriac, l’ellipse constitue un procédé de la représentation du langage intérieur, parce qu’il sait « transformer le discours logique du romancier en un discours intérieur du personnage et […] égrener les indications psychologiques au fil du récit, quitte à recourir à des ellipses audacieuses » (Raymond 1975, 189). En syntaxe, ces ellipses sont marquées par les formes abréviatives du discours, les points de suspension, le tiret. En tant que procédé linguistique de représentation, les ellipses manifestent l’abrégement syntaxique du langage intérieur. Seule une partie de la pensée est effectivement mise en mots, alors que d’autres éléments qui demeurent allusifs et potentiels, se concrétisent plutôt par le blanc textuel. Voici quelques occurrences : (1) « Inutilité de ma vie - néant de ma Vie - Solitude sans bornes destinée - sans issue. » (TD 120) (2) « […] Tordre le cou à cette petite satisfaction…Un mépris total et sagace de soi… » (FN 65) (3) « […] Ma première rencontre avec Jean…Il faut que je me rappelle chaque circonstance : […] » (TD 83) (4) « Je l’ai épousé parce que… » (TD 39) (5) « […] C'est beau, ce don total à l'espèce ; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement... Mais moi, mais moi... » (TD 165) (6) « Elle connaît cette joie... et moi, alors ? et moi ? pourquoi pas moi ? » (TD 53-54) Dans ces occurrences citées, l’abréviation ou la suspension de la syntaxe s’explique par deux raisons. En premier lieu, il s’agit de la transparence sémantique du langage intérieur. Du fait de vivre ce qu’il se dit, le locuteur
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