AGAPES FRANCOPHONES 2017
Approche inférentielle du silence dans l’entretien médical. Aspects formels et conceptuels _____________________________________________________________ 391 si l’on tient compte des paramètres humains et socioculturels qui caractérisent l’échange patient-médecin : le patient, guidé sur le plan interactionnel par le médecin, s’appuie sur la compétence interactionnelle de ce dernier pour être performant sur le plan de l’information (qualitativement et quantitativement) ; le médecin compte sur les informations données par le patient (le médecin les ignore a priori ) pour mieux orienter le flux informationnel. C’est sous le signe de cette double contrainte (paradoxe) que le silence s’installe : taire volontairement ou involontairement des informations. 4. Présence du silence au niveau micro-structurel Nous nous appuierons à ce niveau sur des exemples illustratifs de la manifestation du silence. 4.1. L’interrogatoire : enjeu de légitimité interactionnelle et informationnelle (1) Dr : je vous écoute Pa : mais euh :::: (2) Dr : il y a un mois que ça dure sous quelle forme ? Pa : comment sous quelle forme ? Ouvrir l’interrogation par un directif enjoignant à la prise de parole par le patient ( je vous écoute ), en absence d’une direction inter illocutoire (une question), avec contenu propositionnel plein, a pour réaction un oppositif ( mais ) suivi d’une longue hésitation ( euh::: ) signalant le caractère inattendu ou trop brutal du directif d’ouverture de l’échange. Questionner un contenu propositionnel ( il y a un mois que ça dure sous quelle forme ? ) et questionner la question ( comment sous quelle forme ? ) participent d’une activité méta-discursive signant l’incomplétude des propositions et leur imprécision : - La « forme » du symptôme étant ce qui appartient au silence (ce qui n’a pas été révélé) comme attente préalable inscrite dans le descriptif symptomatique du patient ; la lacune informationnelle (le patient insiste sur la durée et le médecin sur la forme). - Le contenu propositionnel dans la question « sous quelle forme ? » est repris et interrogé par le patient par la proposition interrogative indirecte (comment) pour modaliser la question du médecin comme imprécise sur le plan de l’attente informationnelle (quelles informations peut déclencher le terme « forme »). On remarquera que là le questionneur cède le pouvoir informationnel à l’interlocuteur (l’interrogé) (je vous écoute/je me tais) et l’interlocuteur peut renoncer à ce pouvoir en le redirigeant vers le questionneur : informativité lacunaire (incomplète, imprécise). On retiendra de l’échange interrogatif, Question-Réponse , que l’enjeu interactionnel du silence, repose sur la question du pouvoir informationnel qui révèle une mise en abime des lacunes informationnelles. Du point de vue du patient, le silence est articulé à la question de la légitimité d’un savoir et d’un savoir-faire médicaux transférés à un savoir-faire interactionnel qui consiste à diriger l’entretien avec un questionnement plein
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