AGAPES FRANCOPHONES 2017
Youcef IMMOUNE Université d’Alger2, Algérie _____________________________________________________________ 392 (attentes interactionnelles formulées par le patient à l’adresse du médecin). Du point de vue du médecin, le silence consiste à conférer le pouvoir de parole à l’interlocuteur et se mettre dans la position d’écoute (se taire) ; cela au profit d’une autorité institutionnelle ou interactionnelle (le patient est à même de rendre compte de la symptomatique vécue). Le silence revient alors à un retrait/renoncement volontaire de/à la parole, au nom d’une légitimité, une compétence. Le silence est ainsi l’espace d’un métadiscours revenant sur les présupposés lacunaires d’un échange dont la complétude requiert le balancement d’une mise sous silence vers une sortie du silence (la verbalisation) : incomplétude/complétude ; imprécision/précision ; processus de mise en abime (silence) du caractère lacunaire de l’information à arrêter. 4.2. L’examen médical : exclusion du jeu interactionnel (3) (++++ examen, auscultation) Dr : pas une grosse tension Pa : ça veut dire quoi ? (4) (++++ examen, auscultation) Dr : il y a neuf et demi Pa : ça veut dire quoi ? pas beaucoup ? (5) Pa : et sinon ça serait entre quoi et quoi ? Il y a lieu de retenir que la phase d’examen (gestuelle corporelle et technique) participe d’une sémiologie médicale. Les gestes ont une signification, que le médecin décrypte en tant qu’instance experte : examen de la tension = « pas une grosse tension ». La gestuelle (corporelle et technique) est signifiante dans la mesure où, comme l’aurait dit Roland Barthes, c’est le verbal qui prend en charge l’expressivité du non verbal : la séquence « pas une grosse tension », acte évaluatif de l’auscultation, rend manifeste pour le patient ce qui se déroule dans le silence de l’activité mentale du médecin. En effet, sans cette verbalisation, la gestuelle technique du médecin, bien que manifeste pour le patient sur le plan sensoriel, demeurera hors de sa portée au niveau cognitif : elle est ainsi silence dans la mesure où elle ne signifie rien pour lui. Ensuite, pour que cette verbalisation puisse être accessible au patient, la série de questions qui suit la verbalisation évaluative « pas une grosse tension », formulées comme demandes d’explicitation, maintiennent la gestuelle technique du médecin dans l’ordre du silence (absence de sens). Le patient manifeste au médecin sa non compréhension (vide cognitif) : - Ça veut dire quoi ? [pas une grosse tension] : « pas une grosse tension »/« petite tension » constituent un acte de parole, strictement maintenu au niveau du signifiant : le patient en question ignore, sur les plans sémantique et référentiel, la réalité à laquelle renvoient les mots. Il est exclu du champ de la sémiologie médicale. - Ça veut dire quoi ? Pas beaucoup ? [il y a neuf et demi] : « il y a neuf et demi » constitue un assertif, là aussi maintenu au niveau du signifiant du point de vue de la communication médicale, puisque le patient ne comprend pas l’effet de sens qu’il peut tirer d’elle : « pas
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