AGAPES FRANCOPHONES 2017

Gabriela SCRIPNIC Université « Dunărea de Jos », Roumanie _____________________________________________________________ 398 Dans cette étude, je m’attarde sur un concept que j’ai à peine esquissé dans un article en voie de publication (Scripnic 2016), à savoir la prétérition inversée, qui fait référence à la stratégie où le locuteur emploie le syntagme « C’est juste une figure de style » pour dissimuler l’impact de l’acte illocutoire qu’il a antérieurement accompli - [insulter quelqu’un]. La prétérition inversée porte, plus précisément, sur les situations où un locuteur prétend a posteriori ne pas avoir eu l’intention de vexer quelqu’un en caractérisant le contenu propositionnel avancé comme « une figure de style », donc comme un contenu qui ne devrait pas être pris littéralement. Cette communication se propose donc de répondre aux questions suivantes : a) quel est le schéma de fonctionnement de la prétérition inversée par rapport à la prétérition décrite dans la littérature de spécialité ? b) quelles sont les conditions discursives qui doivent être respectées pour qu’on ait affaire à cette figure ? c) quels sont les effets rhétoriques recherchés ? Le cadre théorique est principalement puisé à la stylistique (Fontanier 1977 ; Molinié 1992), à la rhétorique et à l’analyse du discours (Snoeck Henkemans 2009 ; Amossy 2010 ; Maingueneau 2014), de même qu’à la sociologie et à la pragmatique (Goffman 1959, 1974 ; Brown & Levinson 1987). 1. La prétérition – approche stylistique et argumentative Le concept de prétérition inversée est dérivé de la prétérition proprement dite ayant à la base non seulement le schéma formel qui gouverne l’organisation de la prétérition, mais plutôt son fonctionnement discursif dans un échange qui implique directement deux interlocuteurs. Pour comprendre tant le schéma formel que le rôle rhétorique que la prétérition inversée pourrait avoir, il convient de s’appuyer sur les définitions et les explications offertes par la littérature de spécialité. Dans le traité Les Figures du discours, ouvrage publié de 1821 à 1830, Pierre Fontanier place la prétérition dans la catégorie des tropes en plusieurs mots, parmi les figures d’expression par opposition, à côté de l’ironie, de l’épitrope ou de l’astéisme (143-154). Dans la définition proposée, la prétérition « consiste à feindre de ne pas vouloir dire ce que néanmoins on dit très clairement et souvent avec force : Je ne vous peindrai point le tumulte et les cris,/Le sang de tous côtés ruisselant dans Paris . Voltaire» (Fontanier 1977, 143). Le Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage (Ducrot et Todorov 1972, 354) met en exergue le caractère phrastique de la prétérition qui est vue comme une formule, ainsi que l’intention illocutoire du sujet parlant : « formule par laquelle on déclare ne pas dire ce qu’on dit dans la phrase même. » De surcroît, dans le Dictionnaire de rhétorique, Georges Molinié (1992, 276) utilise déjà le terme de « figure macrostructurale » pour faire référence à la prétérition qui « consiste en ce que, dans le discours, le locuteur dit qu’il ne dit ce que néanmoins il dit ». En résumant ces quelques définitions données à la prétérition, on peut conclure qu’elle se caractérise par trois traits principaux : a) du point de vue formel, elle se présente comme une macrostructure qui dispose d’une autonomie morphosyntaxique et sémantique partielle ( Je ne vous parlerai pas de mes efforts hors de commun pour lui faire accepter le projet !) ;

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