AGAPES FRANCOPHONES 2017

Sur le (non) dit de la prétérition inversée _____________________________________________________________ 399 b) du point de vue énonciatif, elle implique directement le locuteur qui, sous des formes pronominales diverses, prend position par rapport à son « activité verbale » (Molinié 1992, 276) ; c) selon la perspective pragmatique, la prétérition porte sur un locuteur qui fait semblant de ne pas dire ou faire quelque chose en le disant ou en le faisant tout de même. Dans ce qui suit, je m’attacherai à faire ressortir la perspective argumentative sur la prétérition. Snoeck Henkemans (2009) prend en considération la prétérition dans la cadre de la théorie développée par l’approche pragma-dialectique de l’argumentation. Le mérite de l’auteure est d’avoir saisi « les diverses formes de la prétérition dans le discours » (§5) ainsi que « les effets de leur utilisation selon les différentes modalités sous lesquelles elle se présente » (§5). Dans un article publié en 2011, j’ai identifié les schémas de manifestation de la prétérition ayant à la base la distinction faite par Snoeck Henkemans (2009) entre l’approche directe « qui se traduit par une annulation feinte de l’acte de dire » (Scripnic 2011, 267), et l’approche indirecte où le locuteur peut « mettre en valeur le fait que l’une ou plusieurs des conditions de félicité assurant la réussite d’un acte de langage ne sont pas remplies, impliquant par là que la réalisation de cet acte n’est pas possible» (Snoeck Henkemans §8). Dans cette étude, je ne vais prendre en considération que l’approche directe de la prétérition comme origine du concept de la prétérition inversée. Du point de vue rhétorique, le fait que le locuteur prétende ne pas parler de quelque chose montre «qu’il n’est pas disposé à adhérer à une certaine proposition » (Snoeck Henkemans §16). Lorsqu’il annonce qu’il ne va pas approcher un tel sujet, il « ne récuse pas alors le fait qu’il soit disposé à adhérer à la proposition, mais seulement qu’il soit prêt à parler de quelque chose (ou capable de le faire) » (Snoeck Henkemans §16). 2. La prétérition inversée 2.1. La naissance d’un concept En analysant diverses stratégies rhétoriques exploitées par les locuteurs afin d’optimiser la persuasion dans le discours ordinaire, je me suis arrêtée en 2016 sur le syntagme « Ce n’est qu’une figure de style » et ses variations « C’est juste une figure de style », « C’est une simple figure de style ». Ces expressions ont été étudiées en tant que commentaires métalinguistiques par lesquels le locuteur explicite le rôle uniquement stylistique d’une affirmation qu’il a faite antérieurement et, ainsi, « il cherche à éviter les attaques des interlocuteurs et refait son image/ethos en tant qu’individu qui n’a voulu porter atteinte à personne » (Scripnic 2016, en voie de publication). J’ai alors introduit le concept de prétérition inversée en liaison avec la valeur rhétorique d’un commentaire métalinguistique pareil, sans trop pourtant entrer dans des détails sur son schéma discursif ou sa réalisation concrète dans le discours. Je suis d’avis que l’origine de la prétérition inversée se trouve dans l’approche directe de la prétérition, à savoir le cas où le locuteur nie qu’il est en train de transmettre un certain contenu propositionnel, comme dans l’exemple (1) ci-dessous :

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