AGAPES FRANCOPHONES 2017

Gabriela SCRIPNIC Université « Dunărea de Jos », Roumanie _____________________________________________________________ 402 leur rôle serait de rendre son commentaire initial aussi inoffensif que possible. Pourtant, l’ironie qui transcende dans tout son propos (à partir de la formule d’appellation jusqu’à l’accent mis sur un élément hors contexte – les Japonais placés en milieu urbain roumain) nous fait croire qu’il s’agit d’une fausse tentative de s’excuser, car l’insulte persiste – même si sous une forme plus atténuée que la métaphore lexicalisée de la baleine. Pour faire le point sur le fonctionnement de la prétérition inversée, on peut dire que le locuteur fait semblant de ne pas avoir accompli un acte de langage indirect qui a déjà fait perdre la face à son interlocuteur ou qui menace de le faire (cf. Brown et Levinson 1987). La raison de la dénomination de prétérition inversée réside, d’une manière généralisante, dans le fait que le locuteur prétend ne pas avoir dit quelque chose, tandis que dans la prétérition directe, le locuteur prétend ne pas dire quelque chose. 2.2. Les différences entre la prétérition directe et la prétérition inversée Dans ce qui suit, je m’attache à faire ressortir les différences entre la prétérition directe et la prétérition inversée. Ces différences se situent : a) au niveau de l’attitude du locuteur par rapport à ses dires ; pour faire référence à cette attitude, je vais utiliser le terme de réticence ; b) au niveau des outils morphosyntaxiques et lexicaux à l’aide desquels cette figure macrostructurale peut être construite ; c) au niveau de l’impact sur le contenu propositionnel avancé. Je vais employer dans cette section les sigles PD et PI pour renvoyer aux deux formes de prétérition mises en parallèle: a) au niveau de l’attitude du locuteur par rapport à ses dires, on envisage les oppositions suivantes : réticence antérieure à l’acte de dire vs réticence postérieure à l’acte de dire ; réticence auto-imposée – sous l’influence des attaques susceptibles de se produire de la part des interlocuteurs, attaques qui sont de cette manière étouffées – vs réticence hétéro-imposée (terminologie empruntée à Rouet-Delarue 2016, 86 en liaison avec la reformulation) ; Dans la PD, le locuteur est conscient dès le début des éventuelles critiques des interlocuteurs et pour cela il élude sa responsabilité envers le contenu propositionnel, en prétendant ne pas accomplir un acte de dire. Par contre, dans la PI, le locuteur manifeste sa réticence a posteriori , dans une nouvelle prise de parole : ou bien à la suite de l’intervention de l’interlocuteur qui se considère la cible de l’acte de langage indirect, ou bien après qu’il se rend compte que son affirmation pourrait être prise pour un acte de langage indirect. Cela donne naissance à une autre différence 4 , en termes de type de séquence obtenue, à savoir séquence monologale dans le cas de la PD, puisqu’on a affaire à une prise de parole unique, et séquence dialogale dans le cas de la PI 4 Nous voudrions remercier Mme Liana Pop, professeur des universités à l’Université Babeş-Bolyai de Cluj Napoca, Roumanie, pour cette suggestion donnée lors de la présentation faite par l’auteure au XIII e Colloque International d’Études Francophones, CIEFT 2017, « Silence(s) », Timişoara, du 17 au 18 mars 2017.

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