AGAPES FRANCOPHONES 2017

Sur le (non) dit de la prétérition inversée _____________________________________________________________ 403 car, le plus souvent, c’est la réponse critique de l’interlocuteur qui détermine le locuteur de faire appel à la PI. b) au niveau des outils morphosyntaxiques et lexicaux, la PD se sert d’un verbe de parole neutre employé à la forme négative et ayant une visée prospective (par exemple, Je ne dis pas que le président nous a menti ), tandis que la PI se sert du syntagme « ce n’est/ n’était qu’une figure de style » à visée rétrospective. c) au niveau de l’impact sur le contenu propositionnel avancé, l’emploi de la PD n’a aucun impact sur le contenu propositionnel, c’est un marqueur de la position du locuteur qui ne veut pas s’assumer l’entière responsabilité pour ses dires ; en revanche, pour la PI, l’appel à la figure produit une nouvelle interprétation de la valeur illocutoire du contenu propositionnel transmis. Cette nouvelle interprétation devrait se faire selon les indications fournies a posteriori par le locuteur. Par cela, la PI pourrait être considérée comme un marqueur de reformulation car il permet « d’opérer une rétrointerprétation du point de vue auquel il renvoie selon une nouvelle perspective énonciative » (Rossari 1997, 17). Une autre opposition entre la PD et la PI pourrait être identifiée au niveau de l’impact sur le contenu propositionnel avancé: la PD peut théoriquement s’associer à n’importe quel contenu propositionnel, à l’exception peut-être des vérités universelles et de certaines connaissances doxastiques pour lesquelles l’engagement de la responsabilité du locuteur n’est pas en jeu ; la PI, de son côté, ne peut être employée que par rapport à un contenu qui constitue une figure de style ou bien ce que le locuteur traite de figure de style. Comme la nouvelle interprétation appartient exclusivement au locuteur, il peut faire référence : - à un contenu qui s’avère bel et bien une figure de style (voir supra la métaphore de la baleine), - à un contenu dont le locuteur a la croyance que c’est une figure, mais qui relève en fait de la phraséologie : un idiomatisme, une locution, une collocation, etc. Dans la section 3, je mettrai en évidence les valeurs pragmatiques et rhétoriques de la prétérition inversée, en m’appuyant sur les théories de la politesse linguistique (Brown & Levinson 1987) et de l’ethos discursif (Amossy 2010 ; Maingueneau 2014) ainsi que sur les travaux de sociologie de Goffman (1974). Ce cadre théorique s’avère pertinent pour démontrer que l’emploi de la prétérition inversée fait partie d’un processus de réhabilitation de l’image du locuteur en étroite liaison avec les normes sociales de la communauté à laquelle il appartient. 3. Valeurs pragmatiques et rhétoriques de la prétérition inversée L’appel à la prétérition inversée pourrait être justifié, du point de vue rhétorique, par le concept d’ethos qui englobe, dans cette approche, la perspective aristotélicienne, le point de vue sociologique de Goffman (1974) et les acquis de l’analyse du discours en termes de construction discursive de soi. Prenons en considération l’exemple (3) d’interaction verbale entre deux participants sur la mobilisation des lycéens à ne plus accepter certaines injustices de la part de la direction :

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