AGAPES FRANCOPHONES 2017
Gabriela SCRIPNIC Université « Dunărea de Jos », Roumanie _____________________________________________________________ 404 (3) L1 : Allez-y, les gars, il faut faire quelque chose ! Au moins notre génération, on peut voir, Dieu merci, que les autres générations nous soutiennent ! Ne restons plus les bras croisés en attendant comme des personnes handicapées que les autres fassent notre boulot ! […] L2: Je proteste ! Les personnes avec du handicap n’attendent pas que quelqu’un d’autre fasse leur boulot. Elles ont plus d’initiative que tu ne le crois ! ( c’était probablement une figure de style, n’est-ce pas ?) Mais, c’est pas mal que vous ayez aussi de l’initiative. On vous suit avec le plus vif intérêt. Toujours à vos côtés ! L1 : Désolé, je n’ai voulu offenser personne …j’étais nerveuse et, comme tu l’as dit aussi, c’était juste une figure de style…j’ai voulu dire ne restons pas là plantés comme des piquets… 5 (notre traduction) Dans (3), on peut facilement identifier le schéma prototypique de la prétérition inversée : dans une première étape, le locuteur 1 (L1) a une prise de position avec un but perlocutoire évident : inciter ses semblables à réagir. Pour atteindre ce but, il se sert, entre autres, d’une comparaison qui ne reste pas sans effet sur le locuteur 2 (L2) – un possible membre de la communauté visée par L1 et évalué négativement par la comparaison en question. Ensuite, L2 réagit ouvertement, en manifestant, par le verbe « je proteste », sa position non contre tout le point de vue avancé par L1, mais contre la comparaison. Troisièmement, suite à la réaction de L2, L1 se sent obligé de reconsidérer son point de vue et de le réinterpréter : si initialement la comparaison avait un rôle d’argument afin de persuader les gens, maintenant il attribue à son énoncé le statut d’une figure de style, un ornement stylistique. Il prétend ne pas avoir dit que les handicapés soient en réalité des gens impuissants, d’où la pertinence de la prétérition. On voit dans la seconde prise de parole de L1 son effort assidu à la fois pour sauver son image et pour la refaire aux yeux non seulement de L2, mais aussi aux yeux de tous les potentiels participants à l’échange. J’avance donc l’hypothèse que ce type de prétérition inversée est une stratégie rhétorique par laquelle le locuteur vise à refaire son ethos à la suite d’une attaque critique de l’interlocuteur qui pourrait le placer dans une lumière défavorable. L’ethos devrait être perçu ici selon une triple perspective : il s’agit premièrement d’un ethos aristotélicien qui porte sur « la construction d’une image dans le discours même » (Amossy 2010, 20) ; s’y ajoute la visée sociologique conformément à laquelle chaque participant conçoit une 5 Le discours complet est disponible en roumain à l’adresse: http://forum.portal.edu.ro/index.php?showtopic=20313 L1 : Haideti oameni buni sa facem ceva!!!Macar generatia noastra,ca slava Domnului celelate generatii vad k ne sustin!SA NU MAI STAM CU MAINILE IN SAN SI SA ASTEPTAM K NISTE PERSOANE CU HANDIKAP SA FACA ALTII TREBA NOASTRA! L2 : Protestez! Persoanele cu handicap nu asteapta sa le faca nimeni treaba. Au mai multa initiativa decat crezi tu! (probabil era o figura de stil, nu?) Da' nu e rau ca vreti sa aveti si voi initiativa. Va urmarim cu cel mai viu interes. Mereu alaturi! L1 : Imi pare rau,nu am vrut sa jignesc pe nimeni...eram nervoasa si asa cum ai spus si tu era doar o figura de stil ...am vrut sa spun k niste momai... (Le texte est donné avec sa graphie d’origine.)
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