AGAPES FRANCOPHONES 2017

Genre des substantifs résultant d’une réduction de syntagmes nominaux _____________________________________________________________ 423 ainsi fut fait . - d’un adjectif qualificatif (situation présente dans les phrases exclamatives) : Il fait un temps ! , Vous êtes d’une élégance ! - d’un verbe : À quand votre retour ? , À père avare fils prodigue . - d’une préposition : le bœuf gros sel , le homard mayonnaise , parler poésie. Dans ce qui suit, nous nous arrêterons sur un problème grammatical dû à ce que M. Arrivé, F. Gadet et M. Galmiche qualifient d’ellipse de langue, notamment sur le genre des substantifs résultant d’une réduction de syntagmes nominaux. Deux structures feront l’objet de notre analyse. 1. La structure substantif + adjectif Dans le cadre de cette structure, nous avons identifié deux situations possibles : 1.1. substantif + (adjectif) : la pilule (anticonceptionnelle) Lorsque la réduction porte sur l’adjectif – une partie du discours n’ayant ni genre, ni nombre en soi et qui emprunte le genre et le nombre du substantif qu’il détermine par le phénomène de l’accord – et que l’élément conservé est le substantif, donc le noyau du syntagme, le genre de celui-ci ne pose aucun problème car il n’est soumis à aucun changement. 1.2. (substantif) + adjectif : une (ligne) diagonale, un (habit/costume) complet, un (vêtement/manteau) imperméable Si la réduction porte sur le substantif, donc sur le noyau même du syntagme, la conséquence linguistique en est le changement de la classe grammaticale de l’adjectif qui, devenu substantif, prend le genre (et le nombre) du terme disparu. C’est d’ailleurs ce que remarque Ioan Simionică (1970, 122), selon lequel « tout adjectif employé comme nom est une structure elliptique » 4 , lorsqu’il affirme que « le genre et le nombre des noms provenus d’adjectifs qualificatifs varient selon le nom sous-entendu auprès de chaque adjectif » : les (écrivains/auteurs) classiques, les (vaisseaux) capillaires, le (four) crématoire, la (lettre) majuscule, le (train) rapide, une (ondulation) permanente, un (film) documentaire . Parfois, à cause du fait que plus d’un mot peut être sous-entendu, quelques adjectifs substantivés ont reçu les deux genres. C’est le cas de : italique , qui est employé au masculin dans le domaine de la typographie, où il représente la réduction du syntagme un (caractère) italique , et au féminin lorsque le mot sous-entendu est lettre ( une (lettre) italique ). À remarquer que, dans le cas de ce mot, le masculin a précédé le féminin. harmonique , nom masculin (employé surtout au pluriel) en tant que terme acoustique, des (sons) harmoniques et féminin comme terme de musique : une (division/échelle) harmonique . Un cas particulier présente le mot automobile (ou auto ), que G. 4 Arrivé, Gadet, Galmiche (1986, 168) attirent l’attention sur le fait qu’il ne faut pas assimiler à des noms les adjectifs des syntagmes substantif (déterminé) + adjectif qualificatif, du type : Les gros poissons mangent les petits (poissons) . Car ces adjectifs, qui portent les marques de genre et de nombre du substantif déterminé, sont le résultat de « l’effacement d’un nom qui reste contextuellement récupérable ».

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