AGAPES FRANCOPHONES 2017
Estelle VARIOT Aix Marseille Univ, CAER, Aix-en-Provence, France _____________________________________________________________ 444 Par ailleurs, le langage, en lui-même, admet des exceptions et des ruptures dans son unité qui s’expriment de manière différente et, dans certains cas, par le silence, ainsi que nous le verrons un peu plus loin. Si l’on se réfère à l’origine même du terme langage et de son correspondant roumain, limbaj , on s’aperçoit d’emblée qu’ils proviennent d’une même source soit lingua (lat.) + suffixe - age/-aj (en provenance du latin et du grec), en plus d’un possible calque partiel (oral) au français, ce qui témoigne de la circulation des mots dans toute la Romania et de la conservation de la valeur sémantique dans cette aire dans un domaine significatif, celui de l’expression de la pensée. Néanmoins, en nuançant les perspectives et les aires d’expansion des langages suivant les communautés linguistiques ainsi que la conscience d’appartenance à un groupe on aboutit rapidement à une diversification lexicale ; par exemple, langue, parler, dialecte, patois, jargon (fr.) ; limbă, grai, dialect, jargon (rou.) etc. Cette dernière illustre le fait que la particularisation du langage engendre aussi une spécification dans ses formes, un éventuel changement de niveau de langue ou de registre et un recours supérieur à une valeur cachée, plus ou moins volontairement, des signes linguistiques. On notera ainsi patois et patoiser qui engendre, souvent, le recours à une gestuelle avec une connotation quelque peu péjorative. Un autre exemple est constitué par le jargon qui renvoie à un langage secret d’une corporation ou d’un groupe plus ou moins bien intentionné, à l’origine. Cette ouverture vers l’approche lexicologique revêt également tout son sens si l’on prend en compte la conception générale qui consiste à opposer le silence au langage. Ainsi, si l’on s’arrête sur différentes langues romanes, on s’aperçoit que le terme silence ne provient pas toujours de la même source, comporte une fragmentation sémantique, voire un enrichissement externe. Ceci souligne la diversité de la perception que l’on a de la notion même de silence. Ainsi, dans le groupe roman occidental, on dispose de termes tels que silence, silencio (esp.), silenzio (it.), silencio (port.), silenziu (corse), silenci (prov.) qui proviennent du mot latin silentium, -tii . lui-même dérivé du verbe sileo « taire, faire silence ». Dans le domaine roumain, on note seulement l’adjectif silenţios , néologisme emprunté au français et au latin savant, en concurrence avec tăcut et (a) tace « (se) taire » du lat. taceo . L’équivalent de silence est en principe tăcere mais, dans un certain nombre de cas, il peut correspondre au « calme », linişte , en roumain, à une phase « profonde », au mutisme , en roumain mutism (précédemment, on avait muţenie , régionalement, muţeală ), ou bien être « partiel », en étant compensé par une gestuelle ou des expressions du visage etc. Quoi qu’il en soit, le silence se réfère, aussi, à différentes connotations, d’emblée, en particulier, à l’absence ou à l’impossibilité de langage, d’un côté, et à une volonté de ne pas utiliser la voie du langage, de l’autre, ce qui, en fin de compte, pourrait bien constituer aussi une autre forme de langage à qui sait l’entendre. Ceci confère, souvent, au silence le statut de corollaire du langage. Cette double distinction au sein du silence nous apparaît primordiale à envisager pour l’évolution de la langue et du langage en général car elle permet d’établir un lien entre les aptitudes physiologiques des sujets et le contexte dans lequel ils évoluent et qui requiert, de temps à autre, un dépassement de certaines barrières de divers ordres, ainsi que nous allons le voir infra . Nous allons mettre en évidence de grandes catégories de silence que nous avons tous pu côtoyer, afin
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