AGAPES FRANCOPHONES 2017

Le silence, entre oubli et choix, autant de clefs dans l’évolution des langues _____________________________________________________________ 445 de donner une vue d’ensemble de cette réalité et de donner quelques clefs sur la manière dont elle est appréhendée suivant les contextes. Ensuite, nous verrons, par quelques exemples de textes littéraires, la manière dont celui-ci peut être exemplifié à l’écrit et/ou à l’oral. Dans le cas d’une absence de langage, on peut être confronté à un état qui empêche l’expression par le langage, du fait d’une pathologie ou des séquelles d’un accident, entre autres, transitoire ou définitif qui peut plonger le sujet dans le silence . Ainsi, les personnes souffrant d’hémiplégie suite à un accident vasculaire cérébral témoignent de l’impact du système neuronal sur le développement de la parole et sur les conséquences de ses atteintes. Dans ce cas, la récupération fonctionnelle progressive permettra de retrouver tout ou partie du langage d’origine. D’autre part, les personnes sourdes ou malentendantes, si elles n’ont pas entendu à l’origine les sons d’une langue, vivent dans un monde différent qui sera associé, par compensation partielle, au développement d’autres facultés, de manière à acquérir ou reconquérir de l’autonomie. L’apprentissage du langage des signes, lecture sur les lèvres etc., mimiques donnera également l’occasion au sujet de combler la différence au bout d’un certain temps, sous réserve de réunir un certain nombre de conditions garantissant des résultats attendus. Un autre aspect intéressant également concerne l’absence de langage et donc, un silence induit. Il est représenté par les répercussions psychologiques ou sociales résultant d’un choc suffisamment fort pour engendrer l’arrêt de la parole, ce qui laisse aussi entrevoir le rôle de l’inconscient et du conscient dans l’acte conduisant au langage. Il peut aussi faire suite à un non apprentissage du langage qui crée soit une compensation par remplacement partiel ou total au profit d’un autre. Il peut également résulter, suite à des accidents opératoires liés à l’administration d’anesthésiques, d’un autre choc qui a pu engendrer, sans que l’on connaisse les mécanismes exacts du phénomène, une perte du langage d’origine, souvent transitoire. Dans ces cas, ce sont souvent des mesures réadaptatives qui permettent de rétablir le fonctionnement attendu du langage mais, de manière épisodique, des silences peuvent trouver leur place dans le discours des locuteurs. Enfin, dans un certain nombre de cas, le silence peut aussi correspondre à un acte volontaire d’une personne affectée par la maladie qui choisit d’établir un mur de protection face à ce qu’elle considère comme un danger. Ces cas, relevant du domaine médical, restreints, illustrent néanmoins les mécanismes intrinsèques du langage et du fonctionnement des langues, avec une coexistence, mis à part dans le monologue, entre des personnes qui vivent [dans] le silence, d’une part et d’autres qui le subissent, qui tentent d’y mettre fin ou de l’apprivoiser. Dans un tel contexte, les personnes en proie au silence – ou qui lui sont soumises – sont parfois personnifiées dans la littérature que nous abordons ou dans notre vie de tous les jours car elles suscitent des interrogations, des états d’âme ou des situations spécifiques qui peuvent concourir à la création d’une atmosphère particulière ou aider à contourner certains obstacles. Dans un tout autre ordre d’idées, le silence choisi peut être vécu comme la condition sine qua non à l’ascèse ou à la méditation, de manière à atteindre un état d’âme supérieur. Dans ce cas-là, il renvoie à un système de pensée et de philosophie qui accorde une place privilégiée à la relation entre la pensée et le silence, par la réflexion que ce dernier permet de développer.

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