AGAPES FRANCOPHONES 2017

Estelle VARIOT Aix Marseille Univ, CAER, Aix-en-Provence, France _____________________________________________________________ 446 Ainsi, le silence est souvent vu, dans le domaine philosophique, comme un moyen d’obtenir la paix intérieure requise pour développer une capacité de jugement dépourvue de subjectivité et qui pénètre l’essence même des choses, y compris en accédant à l’inconscient. Dans le domaine général et spécialisé, juridique et médical en particulier, on note l’existence d’un certain nombre d’expressions/de proverbes qui illustrent la richesse de cette thématique et son importance car le silence fait véritablement écho à l’acte de langage. Bien des expressions ou citations nous raccrochent, par la pensée, à des situations que nous pouvons expérimenter jour après jour ou qui illustrent des moments forts de la vie. On peut citer, entre autres, sans atteindre l’exhaustivité : « faire silence » et son corollaire « imposer le silence » ; « le silence avant la tempête » ; « silence radio » ; « minute de silence » ; « un silence qui en dit long » ; entrecouper une conversation de silences » ; « sortir de son silence » ; (juridique) « le silence de la loi » ; « qui ne dit mot consent » ; « loi/conspiration du silence » ; (médical) « être muré dans le silence ». Sans aller trop loin dans les situations générales de silence, faute d’espace dans la présente intervention, il arrive à tout un chacun de vivre des expériences où il est en position soit de choisir de ne pas s’exprimer soit de subir le silence parce qu’il est imposé par un tiers. Cette position sera souvent explicitée ou mise en évidence par les personnes ou personnages connexes qui feront ressentir au lecteur ou à l’interlocuteur le « poids » ou la « nécessité » de ce silence, par différents biais conférant ainsi au silence le statut d’ornement ou de parure du langage. À ce stade, nous allons proposer deux fragments que nous avons choisis, issus de pièces de théâtre (un en roumain et l’autre en français). Ceci nous permettra d’exemplifier nos propos et d’établir le lien entre les modalités par lesquelles le silence est généré, dans un domaine spécifique de la littérature qui manie la langue. Nous examinerons également certaines de ses implications qui ont un lien avec l’évolution des langues et de nos sociétés. Le premier fragment proposé à la discussion est extrait de Jocul ielelor de Camil Petrescu 3 . Il s’agit du tableau VI et de l’acte 1 ; tandis que le second est 3 Petrescu, Camil, Jocul ielelor , Bucureşti, EdituraAlbatros, 1978, 58-63. [58] Actul II/Tabloul VI Un budoar, nu lipsit de stil. În stînga – o canapea mare de tot, cu spătar trilobat, ca şi cum ar fi făcută înfotoliii mense, acoperită cu o mătase brodată cu flori gris-perle, alt fotoliu înfaţa ei. Oglinda mare, de asemenea trilobată, deasupra unei măsuţe lungi, înguste, ca obiecte de toaletă, cutii de porţelan, cupe de cristal… Masă mare, joasă, rotundă în mijloc… Uşă îndreapta spre dormitor, uşă înfund, ferestre îndreapta. Tablouri numeroase, cărţi multe, neaşteptat de multe, flori de asemeni. Pe masă – un dejun abia început, un serviciu de cafea, altul de lichior. Maria, într-un deshabillé, în pantofi de casă, fără ciorapi, citeşte o gazetă pe jos – un teanc de ziare… Intră Roxana, prin surprindere oarecum… Maria abia are timp să ascundă gazetele…/Scena I MARIA, ROXANA/ ROXANA (extrem de mondenă, extrem de aferată, jucînd un rol, a stăruit în mod evident să intre) : [59] Ce e cu tine ? Eşti bolnavă ? Toată lumea e foarte îngrijorată…/MARIA (incercînd să zîmbească) : N-am nimic, sînt puţin obosită. (E o frumuseţe tulbure, şi tocmai prin asta tulburătoare, pe bază e nostalgie, profil suav şi nervozitate. Neliniştitoare de asemenea, nu numai prin pricina reacţiilor ei bruşte şi excesive, dar şi prin sensurile fulgurante ale acestor reacţii. Şi asta e un chin pentru cei din jurul ei. Cînd priveşte, adeseori fix, are un freamăt abia perceptibil al buzelor, care-I

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