AGAPES FRANCOPHONES 2017
Estelle VARIOT Aix Marseille Univ, CAER, Aix-en-Provence, France _____________________________________________________________ 448 Je voudrais changer vos serviettes et votre eau./JAN : Je croyais que cela était fait./[82] MARTHA : Non, le vieux domestique a quelquefois des distractions/JAN : Cela n’a pas d’importance. Mais j’ose à peine vous dire que vous ne me dérangez pas./MARTHA : Pourquoi ?/JAN Je ne suis pas sûr que cela soit dans nos conventions./MARTHA : Vous voyez bien que vous ne pouvez pas répondre comme tout le monde./JAN, il sourit . Il faut bien que je m’y habitue. Laissez-moi un peu de temps./MARTHA, qui travaille . Vous partez bientôt. Vous n’aurez le temps de rien. Il se détourne et regarde par la fenêtre . Elle l’examine. Il a toujours le dos tourné. Elle parle en travaillant . Je regrette, monsieur, que cette chambre ne soit pas aussi confortable que vous pourriez le désirer./[83] JAN : Elle est particulièrement propre, c’est le plus important. Vous l’avez d’ailleurs récemment transformée, n’est-ce pas ?/MARTHA : Oui. Comment le voyez-vous ?/JAN : À ces détails./MARTHA : En tout cas, bien des clients regrettent l’absence d’eau courante et l’on ne peut pas vraiment leur donner tort. Il y a longtemps aussi que nous voulions faire placer une ampoule électrique au-dessus du lit. II est désagréable, pour ceux qui lisent au lit, d’être obligés de se lever pour tourner le commutateur./Jan, il se retourne . En effet, je ne l’avais pas remarqué. Mais ce n’est pas un gros ennui./MARTHA : Vous êtes très indulgent. Je me félicite que les nombreuses imperfections de notre auberge vous soient indifférentes. J’en connais d’autres qu’elles auraient suffi à chasser./JAN : Malgré nos conventions, laissez-moi vous dire que vous êtes singulière. Il me semble, en effet, que ce n’est [84] pas le rôle de l’hôtelier de mettre en valeur les défectuosités de son installation. On dirait, vraiment, que vous cherchez à me persuader de partir./MARTHA : Ce n’est pas tout à fait ma pensée ( Prenant une décision .) Mais il est vrai que ma mère et moi hésitions beaucoup à vous recevoir./JAN : J’ai pu remarquer au moins que vous ne faisiez pas beaucoup pour me retenir. Mais je ne comprends pas pourquoi. Vous ne devez pas douter que je suis solvable et je ne donne pas l’impression, j’imagine, d’un homme qui a quelque méfait à se reprocher./MARTHA : Non, ce n’est pas cela. Vous n’avez rien du malfaiteur. Notre raison est ailleurs. Nous devons quitter cet hôtel et depuis quelques temps, nous projetions chaque jour de fermer l’établissement pour commencer nos préparatifs. Cela nous était facile, il nous vient rarement des clients. Mais c’est avec vous que nous comprenons à quel point nous avions abandonné l’idée de reprendre notre ancien métier./JAN : Avez-vous donc envie de me voir partir ?/MARTHA : Je vous l’ai dit, nous hésitons et, surtout, j’hésite. En fait, tout dépend de moi et je ne sais encore à quoi me décider./[85] JAN : Je ne veux pas vous être à charge, ne l’oubliez pas, et je ferai ce que vous voudrez. Je dois dire cependant que cela m’arrangerait de rester encore un ou deux jours. J’ai des affaires à mettre en ordre, avant de reprendre mes voyages, et j’espérer trouver ici la tranquillité et la paix qu’il me fallait./MARTHA : Je comprends votre désir, croyez-le bien, et, si vous le voulez, j’y penserai encore. Un temps. Elle fait un pas indécis vers la porte . Allez-vous donc retourner au pas d’où vous venez ?/JAN : Peut- être. MARTHA : C’est un beau pas, n’est-ce pas ?/JAN, il regarde par la fenêtre . Oui, c’est un beau pays./MARTHA : On dit que, dans ces régions, il y a des plages tout à fait désertes ?/JAN : C’est vrai. Rien n’y rappelle l’homme. Au petit matin, on trouve sur le sable les traces laissées par les [86] pattes des oiseaux de mer. Ce sont les seuls signes de vie. Quant aux soirs… Il s’arrête . MARTHA, doucement . Quant aux soirs, monsieur ?/JAN : Ils sont bouleversants. Oui, c’est un beau pays./MARTHA, avec un nouvel accent. J’ai souvent pensé. Des voyageurs m’en ont parlé, j’ai lu ce que j’ai pu. Souvent, comme aujourd’hui, au milieu de l’aigre printemps de ce pays, je pense à la mer et aux fleurs de là-bas. ( Un temps, puis, sourdement .) Et ce que j’imagine me rend aveugle à tout ce qui m’entoure./ Il la regarde avec attention, s’assied doucement devant elle . JAN : Je comprends cela. Le printemps de là-bas vous prend à la gorge. Les fleurs éclosent par milliers au-dessus des murs blancs. Si vous vous promeniez une heure sur les collines qui entourent ma ville, vous rapporteriez dans vos vêtements l’odeur de miel des roses jaunes./ Elle s’assied aussi . MARTHA : Cela est merveilleux. Ce que nous appelons le printemps, ici, c’est une rose et deux bourgeons qui [87] viennent de pousser dans le
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=