AGAPES FRANCOPHONES 2017
Angeliki KORDONI Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi ____________________________________________________________ 458 séduire Ulysse, le monologue d’Hamlet, le journal d’Anne Frank, la mélancolie et l’insatisfaction d’Emma Bovary, l’aventure du manteau volé d’Akaki Akakievitch. Ces souvenirs ont été complétés par la lecture rapide de best-sellers, de romans policiers et bien d’autres. Le plus souvent, notre objectif est de nous enfuir, de nous perdre, de vagabonder, de flâner, sans être dérangé par personne. Il s’agit de moments de solitude, de plaisir et de liberté. Or, à ces lectures « libres », il faut y ajouter les lectures imposées liées à des activités orientées vers l’apprentissage. Ces dernières nous ont parfois conduits à considérer la littérature comme une activité élitiste nous éloignant de la littérature telle que nous la concevons. Le système scolaire et universitaire a métamorphosé et prolongé nos lectures mais pas toujours de manière anodine. En effet, ces structures éducatives nous ont ouvert des horizons nouveaux, nous permettant de construire des compétences de lecture, de renforcer nos capacités de réflexion et de devenir des lecteurs plus accomplis. En revanche, l’étude des textes peu stimulants, les activités trop « scolaires », les contraintes institutionnalisées, les réponses et les interprétations préétablies ont pu brider notre esprit littéraire. Ce sont ces vécus qui nous ont incités à réfléchir à l’enseignement de la littérature en FLE ainsi qu’à la place du lecteur/apprenant dans les processus de la réception et de la création littéraires. En préparation de cette étude, il s’avère nécessaire de présenter nos hypothèses, avant de passer à l’élaboration du cadre théorique qui joint deux champs distincts : celui de la théorie et de la réception littéraire ainsi que celui de l’écriture créative en FLE. Dans un premier temps, cet article se propose de décrire la notion de silence du texte littéraire et de présenter ses différentes formes ainsi que son caractère polyvalent. Nous tenterons de montrer que le texte littéraire constitue un tissu d’espaces blancs et d’interstices à remplir (Eco 1985, 66-67) qui invitent le lecteur à le compléter. Pour la question qui nous intéresse ici, il s’agit non seulement d’exposer des réflexions théoriques qui concernent l’interprétation du texte et le passage vers l’écriture créative mais aussi de se demander comment didactiser cette liberté accordée par les silences du texte. Ce travail s’appuie sur deux hypothèses générales. Tout d’abord, nous considérons le texte littéraire comme un champ d’action capable d’éveiller l’imagination du lecteur et de libérer sa voix d’expression grâce à son caractère ouvert et ses silences. Nous supposons donc que la lecture et l’interprétation préalables d’un passage littéraire pourraient constituer un tremplin vers l’écriture créative et de passer d’une conception passive à une conception dynamique. Ce passage semble intéressant et nécessaire car les activités comme la réécriture, le pastiche, la parodie ou la paraphrase d’un texte déjà existant paraissent plus simples et plus accessibles, surtout pour les étudiants de langue étrangère. Ensuite, selon notre deuxième hypothèse, la littérature et l’écriture créative ont souvent un caractère sacré, ce qui pourrait constituer un frein à l’apprentissage et conduire à une résistance psychologique. Selon notre deuxième hypothèse, la mise en place d’un atelier d’écriture créative ludique pourrait démystifier l’acte d’écrire et désacraliser le rapport des apprenants FLE à la littérature pour leur faire apprécier la vitalité des approches des œuvres littéraires. De même, elle serait capable de favoriser le déploiement des
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